C’est un lapin gros comme un éléphant que le Conseil électoral de Pierre-Louis Opont a posé à la presse et au pays ce mercredi 19 août 2015, dix jours après la tenue du premier tour des législatives. Les résultats des élections n’ont pas été publiés comme promis. Le Conseil électoral est aux abonnés absents.
Les verres et les bouteilles d’eau sont restés sagement à attendre les conseillers électoraux sur une table pendant plus de six heures. Ni Ricardo Augustin (Conférence épiscopale), ni Vijonet Demero (Cultes réformés), ni Yolette Mengual (Secteur femmes), ni Jaccéus Joseph (Secteur droits humains), ni Marie-Carmelle Paul Austin (Secteur université), ni Pierre Manigat Jr (Secteur presse), ni Lourdes Edith Joseph (Secteur syndical), ni Néhémy Joseph (Secteur paysan et vaudou), ni Pierre-Louis Opont (Secteur patronal) ne s’est présenté devant les micros et les caméras des journalistes réunis dans la salle de conférence du Ritz, une résidence hôtelière de Pétion-Ville.
Le porte-parole du Conseil électoral lui aussi était une denrée rare ce mercredi. Mardi, c’est le porte-parole et le directeur du Centre de tabulation qui avaient averti la presse que les résultats seraient communiqués ce mercredi comme prévu dans le calendrier électoral.
Selon la Télévision nationale d’Haïti, l’organe de l’Etat, le Centre de tabulation a bien transmis aux membres du Conseil électoral les résultats du scrutin du 9 août. Le CEP ne les a pas rendus publics, mais s'est réuni toute la journée.
Cette attitude désinvolte du Conseil électoral augmente la suspicion de plusieurs acteurs politiques sur des résultats que certains qualifient déjà d’« arrangés comme en 2010-2011 ».
Pour toute communication, par email, le CEP a rendu public un communiqué rallongé de deux noms de candidats radiés de la course électorale, accusés d’avoir fomenté des violences le jour des élections. Cet ajout porte à seize le nombre des exclus à cette date.
Ce jeudi, des partis politiques projettent de manifester pour réclamer l’annulation des élections après que le CEP eut refusé de monter une commission pour évaluer les élections du 9 août.
Jusqu’au moment de mettre sous presse, personne n’a la moindre idée du taux de participation de la population à la première consultation électorale tenue sous la présidence de Michel Martelly.
Le président de la République s’est enfoncé lui aussi dans un épais silence depuis le 9 août. Sur les seize candidats exclus de la course électorale pour actes répréhensibles, cinq appartiennent à son parti politique, le Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK). Après avoir fait campagne avec ses partisans, le président de la République se retrouve mal pris avec des brigands dans les rangs de son parti et chez de nombreux de ses alliés.
Le Conseil électoral doit statuer sur plusieurs cas de violence qui ne sont pas encore sanctionnés et cette situation serait à la base du retard pris à diffuser les résultats. Des partis politiques et des candidats pointés du doigt ou dénoncés par des conseillers électoraux ne sont pas encore pénalisés.
Le flou qui en résulte alimente les rumeurs les plus folles sur des cas de bourrages d’urnes à travers le pays. Les observateurs et la presse ont tous reconnu que le taux de participation était très faible, mais personne n’a présenté d’évaluation.
Le Conseil électoral, dix jours après le vote, est dans ses petits souliers. La proclamation des résultats se profile comme le jour du scrutin avec des retards et une désorganisation caractérisés. On ne sait pas encore si comme le 9 août la violence va se mettre de la partie.
Haïti attend les résultats des élections, l’ouverture de Carifesta, important festival culturel avec des invités et des artistes en provenance de toute la Caraïbe et le passage du premier cyclone de la saison : Danny.
Cela fait beaucoup pour la fin de semaine.
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