Les élections en Haïti avaient de tout temps bénéficié du principe de la neutralité électorale de l’exécutif depuis que nous réalisons des élections au suffrage universel avant l’avènement de Paul Eugène Magloire, en 1950. Le président de la République, le premier ministre, les ministres en poste ne participent pas directement à la campagne électorale. C’était un acquis. Ils appuyaient qui bon leur semblait, mais restaient en dehors de l’implication partisane directe. Les Duvalier père et fils n’avaient jamais fait campagne pour les candidats aux élections législatives ou locales. De Henry Namphy à René Préval, aucun président, provisoire ou élu, n’a jamais fait campagne, non plus. Jean-Bertrand Aristide, deux jours avant les élections de 1995, fit une déclaration à Jacmel, pendant une visite dans la région, laissant croire que Préval serait le meilleur choix. Rien de direct. Préval n’eut à faire campagne ni pour Aristide ni pour Jude Célestin. Il avait son camp et ses manières, mais restait en retrait, en recours. Michel Martelly a rompu cette règle non écrite de retenue républicaine. En 2015, le président de la République a mis tout son poids dans la balance électorale. Cela ne sera pas sans conséquence. Michel Martelly est le premier président haïtien qui a chaussé ses bottes et fait campagne de long en large pendant un mois. A la fin, il entraîna même le premier ministre Evans Paul sur le podium du dernier meeting de son parti politique. Si, aujourd’hui, il y a des doutes et des questionnements sur le comportement du Conseil électoral, on comprend que l’exécutif se taise. Comment servir d’arbitre dans un jeu où l’on est, pieds et mains, partie prenante. L’exécutif Tèt Kale n’a toujours pas mis l’action publique en mouvement contre les fauteurs de troubles qui ont perturbé la journée du 9 août ou pris part aux violences des jours d’après. Cela se comprend car le parti au pouvoir et ses alliés sont en tête du classement des acteurs des actes répréhensibles. Comment mettre en question des citoyens qui, quelques jours plus tôt, étaient sur la même estrade que le président de la République, sa chef de cabinet et son conseiller spécial ? La justice et le Conseil électoral ne semblent pas savoir comment poursuivre des piliers d’un pouvoir qui veut se perpétuer. L’équilibre des pouvoirs est fragile en Haïti. L’indépendance des institutions aussi. Le chef de l’Etat doit être un ultime recours. Avec Martelly, il n’est plus que le chef des chefs qui veulent le pouvoir à tout prix. Alors, quand le président se fait vedette principale de Carifesta et cherche à soulever une cabale autour de ses propos sur son ministre de la Communication, cela ne peut être qu’un écran de fumée pour nous cacher une vérité qui sera lourde de conséquences pour tout le processus électoral.