Tôt vendredi matin, sur Tweeter, @tidocchandler a posté: "Nèg isit mechan. Tout moun konnen ?#?Cyclone? ap vini. Pèsonn pa pare anyen epi tout moun pral plenyen aprè. Idem pou ?#?elections?. ?#?Haiti?". A 9 heures du soir, de guerre lasse, le comité de Carifesta XII a fait un tweet pour dire que les festivités pour la soirée de vendredi sont annulées. Depuis le début de l’après-midi, il n’était un secret pour personne que la tempête tropicale Erika avait drastiquement changé de trajectoire et se dirigeait vers Port-au-Prince, délaissant le Nord du pays qui paraissait être sa route. A Port-au-Prince, pour Carifesta, toutes les prémisses de la fête étaient maintenues : les orchestres jusque vers 5 heures p.m. faisaient la balance du son au kiosque Occide Jeanty. Sommes-nous sérieux ? Cela fait des mois qu’une communauté de réfugiés en provenance de la République dominicaine ont établi un campement précaire non loin de Anse-à-Pitre. Un peu de carton, des toiles, du bois, leurs abris de fortune ne cachent pas leur misère. Certains sont dans l'attente de retourner en pays voisin, d’autres sont trop pauvres pour rentrer chez eux. La situation est connue de toutes les autorités du pays. Rien n’a été fait pour les aider. Ces compatriotes se retrouvent ce vendredi face à Erika. Ils sont seuls et sans secours. Des mois que cela dure. Sommes-nous sérieux ? On pourrait continuer à l’infini la liste des actes manqués et des défaites de la raison qui jalonnent notre vie de peuple, notre fonctionnement de bondieubonistes ou notre mépris de toutes les règles d’une société humaine. On s’épuiserait. On prêcherait dans le désert. On se retrouverait le lendemain devant les mêmes fatalités, le même manque de sérieux. Sommes-nous sérieux ? La réponse est non. Nous faisons semblant. Nous le faisons de moins en moins, d’ailleurs. Nous appliquons joyeusement le « kimele m » et surtout le comment ne pas faire ce que j’ai à faire en tirant le maximum d’avantages de toute situation. Chaque nouvelle occasion est pour certains une opportunité de faire leur beurre avec l’eau de la tempête ou les pleurs des victimes. Si vous savez que la pluie, le vent, la désolation sont les engrais de fertiles projets bidon, vous comprendrez pourquoi le manque de préparation est une minutieuse construction en Haïti.