Le secrétaire d’Etat américain a visité Haïti mardi. Son message est simple et clair : cap sur les élections, non à la violence et aux intimidations.
De son côté, le président Michel Martelly, comme une promesse, a indiqué lors de la conférence de presse conjointe avec John Kerry que «l'accompagnement donné à la police sera renforcé en vue d'une meilleure efficacité le jour du vote». Il confirme qu'il s'en ira le 7 février et présage une alternance démocratique.
En parlant de violence, la première situation à dénoncer est cette prime accordée par le CEP et la PNH aux fauteurs de trouble du 9 août. L’incapacité de sanctionner les agités, les agitateurs et les têtes pensantes peut inspirer d’autres débordements le 25 octobre. Non à la violence et une police plus efficace, cela sera-t-il suffisant pour faire la différence entre ce qui s’est passé le 9 août et ce qui nous attend le 25 octobre ?
Rien n’est moins sûr.
Plus que la violence, le 9 août, il y avait une désorganisation planifiée par le Conseil électoral et l'appareil d'Etat. Trois jours avant le vote, le président de l’organisme électoral et le gouvernement juraient que tout était prêt, force fut de constater qu'ils ont péché par inaction ou par omission.
Le CEP donnera-t-il l’heure juste, la prochaine fois ? le gouvernement a-t-il pris les bonnes dispositions depuis la débâcle d’août?
Pour ce qu’il est de la Police nationale d’Haïti, maternée par les Américains, monitorée par la Minustah, de qui avait-elle reçu les instructions d’indolence et de passivité le 9 août ? Qu’est-ce qui a changé depuis dans la chaîne de commandement ?
Ce que John Kerry n’a pas abordé en conférence de presse, c’est ce qui se passe depuis le 9 août au sein du CEP et qui est bien plus grave que les graves incidents qui ont émaillé le jour du vote.
Quand on constate le très faible programme de sensibilisation mis en place par le PNUD, le gouvernement haïtien, les organismes de support à la démocratisation et le CEP lui-même, on se demande si le but n’est pas de porter les électeurs à se détourner des élections un peu plus à chaque scrutin. Les autorités ont-elles bien diagnostiqué le faible taux de participation ?
Pour des départements et des circonscriptions où les élections du 9 août ont été annulées, des résultats définitifs ont été proclamés. Dans des départements où les élections se sont tenues, des résultats ne sont toujours pas connus.Le CEP a même appliqué un mode de calcul illégal, pour reprendre les mots de son président, pour désigner des vainqueurs aux sénatoriales. Le CEP et ses instances contentieuses ont interprété, réinterprété, réécrit et dépecé le décret électoral qui régit les élections pour publier des résultats fabriqués sur des bases que l’on ignore.
Kerry et Martelly ont-ils passé en revue ces aspects-là de la prochaine crise qui nous pend au nez ?
Dans les élections à l’haïtienne, le plus important, comme l’a confié un candidat, est de garder 70% de son budget de campagne pour gérer le tapis vert, les couloirs du CEP, les jours d’après le scrutin. Ces seuls jours qui comptent vraiment.
Qui a osé mettre cette question sur la table ?
John Kerry n’avait pas à tout nous dire, ce mardi. Michel Martelly n’a pas tout promis, ce mardi. Pierre-Louis Opont n’a toujours pas fait d'acte de contrition, ce mardi. Kennett Merten n’a pas juré qu’il ne rejouerait pas le même rôle qu’en 2010, ce mardi.
Ce mardi, le 25 octobre, serein et si nécessaire à la légitimité de nos prochains élus, n’a jamais paru si loin.
Ce mardi, un bon 25 octobre n'a jamais paru plus indispensable.
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