Une pluie torrentielle a déferlé sur la région métropolitaine, vendredi soir. Elle a mis fin de manière précipitée aux derniers meetings de campagne des candidats en course dans les élections de ce dimanche 25 octobre. La pluie, événement inattendu, est un impondérable qui se joue de tout dans notre pays fragile. Quelques gouttes peuvent devenir une catastrophe, aux premiers crachins tout le monde se met à l’abri, par reflexe. Adieu concerts, discours, harangues et dernières consignes électorales. Le corps électoral se reposera samedi, avant le vote de ce dimanche. Les candidats ne peuvent rien contre la nature ou le sort, quel que soit le niveau de préparation ou d’improvisation de leur aventure. Si la météo fait à sa guise, la démocratie, comme un sourire, n’est pas un cadeau. Ce processus complexe comme le plus spontané des gestes, il faut les mériter l’un et l’autre. Dimanche, les Haïtiens doivent choisir les maires qui seront en charge des villes où ils vivent, les sénateurs et députés qui font les lois qui les régissent et contrôlent le pouvoir exécutif. Ils choisiront aussi le président de la République, ce totem, suprême fantasme, qui a tous les pouvoirs. Tout un long chemin a conduit à cet aboutissement. L’élection ne se fera pas sans sueurs, larmes, sang et douleurs de ceux qui sont, à un titre ou à autre, impliqués dans la course. Toutes les élections se passent ainsi. Les proportions changent, mais les problèmes sont constitutifs de tout processus électoral. Au bout du compte, ceux qui iront voter sereinement auront peu de poids sur la suite des événements. Un vote honnête est une goutte d’eau dans l’océan. Il n’est pas prémuni contre les bourrages d’urnes, contre les actes de violence. Il n’est pas vacciné contre les entourloupes et manipulations qui peuvent survenir entre l’instant du vote et la proclamation des résultats. Votre vote ne vous donne aucune garantie que votre choix remportera l’investiture, il ne vous assure pas que la gouvernance de votre choix vainqueur sera satisfaisante. Et pourtant, un vote pèse lourd. Faites l’exercice d’enlever un centime à un million de dollars. Vous n’aurez plus jamais un million de dollars tant que vous ne l'aurez pas remis à sa place. Il en est de même pour votre bulletin dans l’urne. De toutes les manières, qu’on le vole ou qu’on le comptabilise, il comptera. Dimanche, chacun aura ses intérêts à défendre, ses positions à consolider : l’exécutif, les candidats, l’opposition radicale, les magouilleurs de tout poil, le Conseil électoral, la communauté internationale et chaque électeur, personne ne sera sur la même longueur d’onde. Sachant tout cela et le contexte haïtien, quel choix pour un électeur libre de toute attache ? A vous de choisir en votre âme et conscience. Moi, j’irai voter dimanche.