Moins de 24 heures après la publication des résultats préliminaires de l’élection présidentielle et moins de 24 heures avant ceux des législatives et sénatoriales, le rythme de la politique s’accélère.
Si jeudi soir Jovenel Moïse paraissait confortable dans son rôle de premier classé pour le deuxième tour en tête de liste, ce vendredi il souffle un autre tempo : possible président dès le premier tour. Le candidat et son parti envisagent de contester les résultats pour triompher sur le tapis vert.
Contester, si Jovenel y pense, dans la rue et en conférence de presse, dans un communiqué et à chaque déclaration, d’autres candidats le font aussi. Il y a eu des manifestations limitées jeudi soir après l’annonce des résultats et surtout ce vendredi. Aucun des trois candidats qui suivent sur la liste n’est confortable avec son classement. Il y aura recours devant les instances du CEP et recours au peuple revendicatif, annoncent-ils.
Ce vendredi, d’ailleurs, la région métropolitaine a fonctionné au ralenti dans une atmosphère de peur. Il n’y avait nulle part de l’allégresse.
Tous les candidats veulent plus. Plus de votes, plus de mobilisations, plus de résultats, un meilleur classement. Une élection dont personne ne sort satisfait est un record à signaler. Chaque miracle du CEP d’Opont finit en vaudeville.
La communauté internationale a dû intervenir ce vendredi pour dire d’une même voix qu’il y aura bien un deuxième tour. Qu’il n’y a pas de gagnant « yon sèl kout kle » sorti des urnes, le 25 octobre. Nos puissants amis ont aussi dit : « Déplorant les actes isolés de violence et de vandalisme observés après l'annonce des résultats préliminaires, le « Core Group » prie instamment les autorités haïtiennes d’arrêter et de juger les responsables, en pleine conformité avec la loi ».
Beaucoup craignent, dans un pays où la violence et les abus de pouvoir doivent avoir la bride courte, que cette prière ne soit interprétée par les forces répressives comme un permis d’arrêter sans raison et de tuer. Que cela risque de susciter des vocations, d’alimenter des provocations.
Tout dérapage, dans un camp comme dans l’autre, peut déboucher sur des actes regrettables. Il serait bon de les éviter, de ne pas les encourager, dans aucun camp.
L’idéal démocratique, l’Etat de droit, le recouvrement de la souveraineté nationale sont malmenés ces derniers jours, on ne peut que le regretter.
Parlant de regret, il y a deux ministres qui doivent en avoir. Le ministre de la Communication et celui de l’Economie et des Finances, après être montés au créneau pour défendre des taxes augmentées et de choquants privilèges cette semaine, ont été désavoués en Conseil de gouvernement, ce vendredi, avant la fin de la semaine. Les mesures sont rapportées sine die.
Le premier ministre Evans Paul ne cache pas que c’est pour désamorcer la grève des transports annoncée pour lundi et mardi que son gouvernement bat en retraite. Pour apaiser le climat politique qui se gâte, devrait-il plutôt dire.
Tout acteur politique doit savoir quand accélérer et quand reculer. La recherche du pouvoir est une course d’obstacles de longue durée, faire marche arrière n’est pas nécessairement un renoncement. Certaines fois, c’est pour trouver un meilleur chemin, d’autres fois, cela permet d’avoir l’élan pour sauter plus loin.
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