Cela fera un mois le 25 novembre depuis que les élections ont eu lieu pour élire un nouveau président, des sénateurs, des députés et des maires. La proclamation des résultats définitifs paraît de plus en plus dans l’impasse.
Personne n’a encore présenté des preuves en béton, aucun jugement définitif n’a été rendu au moment où ces lignes sont écrites, le Conseil électoral prend tout son temps. Un seul fait est certain, la confiance s’érode. Le doute s’installe. Une succession de gouttes d’eau tapent sur la pierre du semblant de normalité que la journée du 25 octobre avait fait apparaître.
Il y a eu très vite les premières rumeurs que l’on a mises sur le compte des mauvais perdants. Puis, les accusations sans preuves de certains candidats, des charges trop légères pour être prises au sérieux, a-t-on vite dit. On a attendu dans un assez bon climat les résultats préliminaires.
Avec les résultats préliminaires sont venues les premières manifestations le soir même de leur proclamation, puis les conférences de presse de candidats à la présidence dénonçant un résultat tronqué. Pendant que plusieurs candidats revendiquaient une meilleure place au classement, le premier d’entre eux ne jubilait pas. Ses partisans ne festoyaient pas. Personne n’était heureux de son sort. Cela a surpris plus d’un.
Puis, vinrent les déclarations fracassantes du député Antoine Rodon Bien-Aimé contre son propre parti politique, puis les manifestations, puis le silence du PHTK, puis les confessions de Jaccéus Joseph, membre du CEP, qui n’a pas signé les résultats, puis les propos de membres du PHTK disant que même leur parti arrivé en tête des résultats officiels n’était pas satisfait des résultats, puis l'aveu du CEP en deux communiqués que des fraudes ont eu lieu, puis de plus importantes manifestations, encore d’autres manifestations avec violences des manifestants et violences policières, puis violence contre les manifestants de contre-manifestants.
Sans y prêter attention, les jours passent. La confiance s’érode. Le doute s’installe. Une forte pluie tape sur la pierre du semblant de normalité que la journée du 25 octobre avait fait apparaître. La démarche de Fanmi Lavalas d’aller devant le Bureau du contentieux électoral départemental (BCED) pour dénoncer les fraudes des élections du 25 octobre a surpris plus d’un. Lavalas légaliste, quelle issue les attend ? Et le BCED approuva leur requête. Cela leur ouvrit la porte du Bureau du contentieux électoral national (BCEN) pour une vérification sur pièce des procès-verbaux. Une première pour un parti politique dans l’histoire des élections en Haïti. En 2010, l’Organisation des États américains (OEA) avait agi toute seule.
Depuis samedi, le parti Fanmi Lavalas claironne avoir trouvé les preuves pour étayer ses doutes : irrégularités et fraudes émaillent tous les échantillons consultés aléatoirement, disent les ténors du parti.
On attend le verdict du BCEN et la parade que le CEP devra inventer pour ne pas sanctionner ses propres membres, ses employés, les candidats et les partis politiques fautifs pour enlever l'ombre de tout doute.
Nous sommes à la veille d’un tournant majeur. Aurons-nous un gros « kase fèy kouvri sa», l’échec du processus électoral ou la première épuration haïtiano-haïtienne dans des une élections en Haïti ?
Quel est votre pari ?
Le sort des élections de 2015 est assis entre trois chaises: l'incompétence du CEP, la fraude organisée et les faiblesses naturelles d’une organisation complexe réalisée en Haïti. Il nous faudra trancher cette semaine, un mois après le 25 octobre, pour trouver la sortie qui fera le moindre mal.
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