Près de deux mois après la tenue de la présidentielle du 25 octobre, personne ne sait que faire pour aller de l'avant. Le processus électoral de 2015 s'enfonce. Rien n’indique au moment où nous parlons qu’il y a moyen de sauver des eaux de l’opprobre cet immense chaos que les institutions les plus crédibles de ce pays et les plus grands amis d’Haïti ont tricoté avec le CEP, l’exécutif et l’ensemble des candidats et partis politiques engagés dans la course. Tout le monde a fraudé, a fauté, s’est fourvoyé ou est accusé.
N’empêche, vendredi soir, alors que la Commission nationale électorale d’évaluation (CNEE) cherche son chemin et sa cohérence, le Conseil électoral a publié les résultats définitifs des législatives. Les dénonciations de corruption qui éclaboussent plusieurs membres du Conseil, accusés d'avoir accepté des pots-de-vin pour trafiquer les résultats, n’ont pas ralenti la lancée des événements. Ce que trouvera ou dira la Commission a-t-il de l'importance?
La faillite des institutions et des hommes est le dénominateur commun qui sert de ciment au processus électoral. L’échec est le fil qui relie entre eux les acteurs de la saga électorale 2015. Il n’y a pas de gagnants clairs, il n’y a pas de parfaits saints dans le lot des comédiens qui s’agitent sur la scène, depuis des mois. Chacun tire ses marrons du feu, comme il peut. Sans se soucier de la décence, la CNEE est déjà, dans cette perspective, en ordre de marche.
Les organisateurs d’élections ont failli dans la mise en place d'une machine efficace, les acteurs politiques ont corrompu chaque étape du processus, les observateurs ont menti pour faire avaler la pilule d’élections boiteuses, l’exécutif veut se perpétuer à tout prix, les diplomates sont complices jusqu’au cou des combines et la classe des affaires ne souhaite que continuer à faire des affaires. Tout ce beau monde va s’unir pour séparer le gâteau de la bêtise et sa cerise de fiel. C’est leur gâteau, leur gâchis, le mieux qu’ils aient pu accomplir.
L’effort dans le mal est le seul consensus qui puisse encore sauver le processus électoral. Cela ne sera pas solide, cela ne tiendra pas, mais on passera à gué de l’autre côté de la rive en attendant la prochaine étape de la crise de société qui nous ronge.
Cela fait des mois que les grands amis d’Haïti disent qu’importe la qualité des élections, tenons-les. Nous y sommes, nous avons les pires élections qui soient, avec les meilleurs corrompus qui existent. Ils marchent en plein jour, s’exhibent sur la place publique, troquent les votes et les sièges d’élus. Qu’importe, disent nos tuteurs et nos dirigeants. A leurs yeux, nous n’avons jamais été bien servis par les plus honnêtes, essayons de trouver mieux avec les plus malins, les plus coquins.
Il est à attendre qu’un sursaut traverse le rang des élus. Même sous Duvalier, il restait de bonnes oranges dans le panier des pourries. Il n’est que d’attendre. Mais nous sommes mal partis. Une fois de plus.
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