Fin 2014, à pareille heure, le pays s’enfonçait dans une crise préélectorale. On se questionnait sur l’après deuxième lundi de janvier 2015. On connait la suite. Un an plus tard, qu’est-ce qui a changé ? Si quelque chose a changé, ce n’est pas pour le meilleur. On passe d’une crise préélectorale à une crise postélectorale. Certains protagonistes ont changé de chapeau, d’autres ont disparu de la scène politique, d’autres ont émergé. Hier, c’était le G-5, le G-6 au Sénat de la République. Aujourd’hui, on a G-8, G-30 sur la scène politique, etc. Certains pays « amis » d’Haïti ont changé d’ambassadeurs. Comme Pamela White en 2014, Peter F. Mulrean, le nouvel ambassadeur américain, s’implique à sa façon dans la résolution de la crise haïtienne.
Un fait reste cependant inchangé, la première victime de la crise politique reste la population haïtienne, surtout les couches les plus pauvres. Si certains groupes de la population en ont profité pour s’enrichir et conforter leur pouvoir, d’autres ont payé un lourd tribut à cette crise. L’espoir d’une année 2015 meilleure que l’année précédente n’a pas été concrétisé. La Police nationale d’Haïti n’a pas toujours été en mesure de protéger les vies et les biens. Combien de feuilles de papier nous faudra-t-il pour dresser la liste des victimes de l’insécurité ? La qualité des soins fournis dans les hôpitaux a-t-elle été améliorée ? Où en est-on dans la lutte contre l’impunité ? A-t-on pris des mesures pour combattre la corruption ? A-t-on fait des progrès en matière d’éducation, d'environnement, d'Etat de droit, d'énergie et d'emploi (les 5 E de Martelly)? Après notre participation à COP21, y a-t-il une prise de conscience collective de la mauvaise gestion de l’environnement ? ... Chacun de nous connait les réponses à ces questions. Même ceux de nos dirigeants qui, au moment opportun, vont dire qu’ils quittent leur poste avec le sentiment du devoir accompli.
Sauf un miracle, l’année 2015 va nous laisser empêtrés dans une grave crise politique. Les acteurs ne montrent aucun signe de fléchissement dans leur position. Personne ne veut ni perdre la face ni renoncer à un quelconque avantage. De grands espoirs ont été placés dans l’année 2015. Des promesses d’organiser de bonnes élections ont été faites. L’arrivée d’Evans Paul à la Primature, l’installation d’un Conseil électoral provisoire avec certaines personnalités connues pour leur sérieux, la décision de l’aile dure de l’opposition de rejoindre la machine électorale laissaient croire à une sortie de crise. Les élections de 2015 ont de préférence aggravé la crise politique. Plus de deux mois après l’organisation du premier tour de la présidentielle, nous ne sommes toujours pas en mesure d’en organiser le second tour. Entre-temps, les pays qui ont organisé des joutes électorales au cours de la même période ont déjà installé leur président. Le président Michel Martelly a même été à l’investiture du nouveau président de l’Argentine dont le premier tour de l’élection a été organisé le 25 octobre comme en Haïti.
L’année 2015 a été difficile pour la population haïtienne. Rien ne laisse croire que les premiers mois de 2016 vont être différents. Sauf si la Commission d’évaluation électorale indépendante trouve par magie une solution qui mette d’accord le gouvernement, Jude Célestin, le G-8, le G-30, Fanmi Lavalas et nos bailleurs de fonds. Sinon, on a de quoi se poser des questions sur l’après 7 février 2016 comme on se posait en 2014 des questions sur l’après deuxième lundi de janvier 2015.
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