Si les élections ne déterminaient pas une grande partie de l’activité politique, économique et sociale de ce pays, il faudrait lâcher un grand rire après avoir lu le rapport de la Commission d’évaluation électorale indépendante (CEEI) et après avoir écouté les explications des membres de ladite Commission dont chacun essaye de sauver sa patate, celle de ses bailleurs ou ses intérêts. Le rapport est calamiteux pour les élections, pour le Conseil électoral, pour le pays et pour nous comme peuple. Pourtant, on veut chanter que tout va bien. On pousse la chansonnette. Le chanteur en chef a été le ministre de la Communication qui a tenté, ce lundi, de vendre une vision idyllique d’un rapport qui prouve, selon lui, que les élections se sont bien passées, que les irrégularités n’ont rien à voir avec des fraudes, que toutes les élections passées et à venir ne seront pas meilleures parce que cet exercice a toujours été pareil en Haïti depuis les temps anciens. Le ministre a dû rire lui-même de son exploit avant et après son passage dans les médias, convaincu qu’il est que les élections sont une farce éternelle dans ce pays. Le CEP a dû rire jaune, ce lundi, après avoir digéré le rapport que les membres du Conseil électoral se plaignent de n’avoir toujours pas encore reçu officiellement. Pour se venger, dans une lettre au président de la République, le président du CEP a annoncé avoir mis les clés sous la porte des ambitions de son organisme de tenir un autre tour d’élection le 17 janvier 2016. Si le 31 décembre, le CEP demandait au chef de l’Etat de convoquer le peuple dans ses comices sans attendre le rapport de la Commission d’évaluation, ce 4 janvier, le Conseil renonce, reconnaît se trouver devant l’impossibilité de respecter les échéances constitutionnelles. Quelle évaluation avait manqué dans sa lecture de la situation le 31 décembre pour rendre le président de la République responsable du flop du jour, lui qui n’a ni transmis le rapport ni sorti le décret convoquant les élections ? En parlant de clairvoyance, le Core Group ne fait pas mieux et il faudrait rire de la cécité de nos tuteurs s’ils n’étaient pas nos tuteurs. Encore une fois, l’Onu, qui mène la danse, se trompe de tempo. Dans une note de presse publiée lundi soir, le regroupement des grands pays amis d’Haïti « demande instamment à tous, institutions de l'Etat et acteurs politiques, de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer un transfert pacifique du pouvoir à un président nouvellement élu le 7 février, selon les prescrits de la Constitution ». C’est à rire. Mais rire est de mauvais goût dans ce cas-ci quand le CEP et le G-8 sifflent la fin de la partie tandis que le Core Goup continue le match dans les vestiaires de la morgue. Ce lundi, il faut se demander pourquoi il existe une coalition si puissante pour imposer des élections imparfaites, cette fois-ci, au pays. Pourquoi personne ne veut prendre le temps des examens et de la correction des erreurs. Qu'est-ce qui rend si urgent de passer outre toutes les évidences? Albert Camus, dont ce 4 janvier ramène le 55e anniversaire de la disparition, a dit un jour : «La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent». Qui expliquera aux uns et aux autres que dans le cas d’Haïti, ils s’enfoncent dans la mauvaise direction?