La fierté n’est pas dans le vieux fusil de chasse qu'un jeune homme en treillis porte sur son dos, mais dans la cause qu’il défend. Ce jeune agent de la BSAP, dans la vingtaine, est assis sous un manguier dans la localité de Pitobert à Ouanaminthe, où les travaux de construction sur la rivière Massacre avancent. Devant l’agent de la BSAP, des sacs de terre en guise de fortification pour se protéger contre « l’ennemi ». Sauf que des spectateurs assis sur les sacs de sable, lui barrent la vue. Il est réprimandé par son supérieur. « Garde, tu ne dois pas laisser des gens t'empêcher de voir. Ton regard doit être figé sur les militaires dominicains juste en face », ordonne le chef de troupe. Le jeune homme, fébrile, chasse tout le monde de l’espace. « Seuls les journalistes sont autorisés à rester ici, juste pour cinq minutes », balance-t-il.
Il n’y a aucune tension, aucun signe d’agression des deux côtés de la frontière. En face, les militaires dominicains, qui ont aussi érigé leur mur de sacs de sable, sécurisent des ouvriers à pied d’œuvre dans la finalisation d’un mur de clôture à la frontière. Les Haïtiens, eux, s’occupent de leurs oignons. En l’absence de la Police nationale d’Haïti ou des Forces Armées d’Haïti, les agents de la Brigade de surveillance des aires protégées sont les seules « forces armées » du côté haïtien. Ils escortent personnalités politiques, artistes, donateurs… Dans leur comportement, leur attitude, leur démarche, leur tenue, ils ressemblent pour la plupart à des militaires ou à des agents d’unités spécialisées d’une force de police. Tout est dans la fierté et la détermination. « Nous ne sommes pas des militaires ni des policiers mais des gardes environnementaux », rappelle celui qui se présente comme le chef de l’équipe de son périmètre. Des gardes qui sont aux côtés de la population depuis le 30 août 2023, le premier jour du chantier du canal sur la rivière Massacre version 2023 par des paysans. Le chef de troupe n’est pas en mesure de dire le nombre de « gardes ». « Nous sommes nombreux. Certains travaillent de jour, d’autres de nuit », révèle-t-il.






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