Depuis les premiers pas vers la remobilisation des Forces Armées d’Haïti (FAD’H) sous la présidence de Michel Joseph Martelly jusqu’à la remobilisation effective de l’institution militaire en mai 2017 par le président Jovenel Moïse, malgré les avis contraires de la plupart de nos partenaires internationaux, il y a eu beaucoup de controverses sur la question de l’armée, notamment sur l’urgence de cette remobilisation en cette période de crise qui touche tous les interstices de la société. Ceux qui sont contre la remobilisation de l’armée n’ont pas manqué de souligner les errements et la politisation de l’institution militaire, tandis que d’autres se sont plutôt focalisés sur le rôle qu’a joué cette institution dans la construction de l’État-nation d’Haïti, et l’apport capital qu’elle peut avoir dans la démarche visant la reconquête de la souveraineté nationale et la restauration de l’autorité de l’État. Ce débat autour de l’armée qui est désormais clos a eu l’effet positif de permettre aux partisans et aux ennemis de l’armée de replonger dans l’histoire nationale, et de les inciter à en savoir davantage sur cette institution séculaire, incontournable dans toute tentative de compréhension et dans l’évolution de notre histoire de peuple.
Tout aussi tumultueuse que l’histoire de toutes les grandes institutions du pays, l’histoire de l’armée haïtienne comporte son lot de troubles, de crises, autant que son lot de moments glorieux et de prouesses. Pour des raisons de durée de mon exposé, je n’évoquerai pas ici les caractéristiques de la force publique au XIXe siècle, appelé à juste titre Siècle ou période des Baïonnettes. Après l’Occupation américaine (1915 – 1934) qui a créé la Gendarmerie d’Haïti, l’institution militaire a changé de dénomination en trois occasions : Garde d’Haïti (1928), Armée d’Haïti (1947), Forces armées d’Haïti (1958). Transformée radicalement en une armée partisane, inféodée au régime macoute, donc politisée et servile, elle n’a jamais pu jouer un rôle de défense, elle s’est toujours arrêtée à celui de police et de force répressive (d’où l’expression ‘‘armé kraze zo’’). L’armée haïtienne, celle qui est issue de l’Occupation américaine, déformée par le colonel Paul Eugène Magloire et transformée calamiteusement par le duvaliérisme, s’est effondrée en ce lundi 19 septembre 1994 comme un château de sable, après les coups d’Etat du général Henri Namphy, de Prosper Avril et le coup d’Etat raté du trio Biamby-Rébu-François.






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