L'immeuble abritant le ministère des Affaires étrangères, l’ancienne Tour Gala, est aujourd’hui une tour d’ivoire où s’enferme la ministre Forbin. Concernant la réalité de la lutte contre les gangs, elle ne fait qu’affirmer des contre-vérités, dans un monde où l’information est instantanée. Loin d’être un accident isolé, cette déconnexion semble profondément enracinée dans sa nature. Voir des opérations fictives menées, sur ordre du Premier ministre, contre les gangs à Kenscoff, suite au carnage perpétré par ces derniers dans la nuit du 23 au 24 août 2026 dans cette localité, montre qu’elle vit dans une bulle dorée. Son aveuglement n’est même pas dicté par une attitude délibérée de provoquer la population, il est simplement inspiré par la puérilité. Quant au chef du gouvernement, il exerce l’autorité au gré de ses pulsions, comme un gamin pour qui le pouvoir n’est qu’un hochet politique. Tout s’effondre autour de lui. Les entreprises sont l’otage des gangs qui les rançonnent, les déportés sont des troupeaux abandonnés dans la nature, les parents d’élèves sont aux abois à la veille de la rentrée scolaire, la population est de plus en plus misérable, les gangs annoncent fréquemment leurs opérations terroristes sans crainte d’être contrés. Pendant ce temps, le Premier ministre, plus narcissique que jamais, ne se soucie que de fastes et de rituels, tels que recevoir les honneurs loin en avant du parterre des ministres ou, selon la plate-forme Métronome, faire afficher son portrait dans les administrations publiques ou encore faire débouler son cortège, toutes sirènes hurlantes, dans les rues encombrées. 

Mais le plus affligeant est cette carte en main qu’il n’a jamais abattue. Il est évident que la diligence avec laquelle des officiels de Washington tentent de consolider sa position ne peut s’expliquer que par l’absence de forces de substitution. Au lieu de capitaliser sur cet atout lors de la visite du secrétaire d’État adjoint des États-Unis, Christopher Landau, en mai dernier, afin de tirer des avantages à sa portée comme la reprise des vols sur Port-au-Prince, il s’est contenté d’afficher un sourire béat sur un selfie. Son attitude rappelait celle d’enfants ravis qu’entoure un Père Noël d’occasion dans un grand magasin, en décembre. Autre fait consternant: son ordre de riposter contre les terroristes est intervenu deux jours après la tragédie de Kenscoff, malgré les alertes lancées bien en amont par le commissaire en charge du poste de police. A-t-il mesuré à quel point sa posture a provoqué un fou rire teinté d’accablement ?