En réinaugurant, à l'occasion du 14 mai, deux monuments de l'ère Duvalier - la statue du Marron inconnu à côté de laquelle il a rallumé la flamme éternelle et le gymnasium Jean-Claude Duvalier, dit gymnasium Vincent ou de la rue Romain -, le président Michel Martelly a habilement occulté le fait que pour ses premiers douze mois au palais il n'avait pas grand-chose de neuf sous la main à sortir du carton d'emballage. Ni construction ni projet abouti à présenter à la population. Bons stratèges, comme le musicien qui réinventait les succès des autres pour en faire ses hits propres, le président et son équipe ont rafistolé deux symboles qui sont dans le coeur des Port-au-Princiens. Les administrations précédentes n'y avaient pas prêté grande attention. Du bon Martelly. Il a fallu que la pluie inonde le gymnasium et que des vandales s'en prennent au Nègre marron pour que le fragile empaquetage de papier fin des cadeaux du 14 mai se déchire et laisse apparaître les coutures encore fraîches des échafaudages... Le gymnasium comme le Marron inconnu nécessitent d'urgentes interventions. Ils mettent a nu les limites du mache prese. Ce mardi, pour son premier jour comme Premier ministre plein et entier, Laurent Lamothe a précipité la tenue d'une conférence de presse. Grand branle-bas au Plaza. Toute la presse était invitée, les ministres alignés. Au final, une déclaration et moins de six questions acceptées. Les journalistes se demandent déjà si ces grandes invitations sans temps de parole interrogative augurent de la manière dont va communiquer le PM. Ce mercredi, c'est la population qui va assister à un Conseil des ministres via la télévision. Tout voir depuis le petit écran, c'est comme vibrer pour un match de foot en Espagne depuis la Petite Guinée. On voit tout, on entend un peu, mais on n'est que téléspectateur du jeu. La démocratie va heureusement se poursuivre à partir des commentaires des uns et des autres. Cette façon de responsabiliser les ministres, de les mettre au devant de la scène, de leur réclamer des résultats comme l'annonce Laurent Lamothe va être un tournant dans la conduite des affaires du pays. Un ou deux réglages et la machine de communication sera au point. Sinon, elle sera remisée au garage des bonnes idées. Le ministre reconduit de l'Education nationale a du pain sur sa planche. L'Initiative de la société civile (ISC), dans un document rendu public la semaine dernière, a dénoncé le fait que près de 30% des écoles officiellement partenaires du programme d'éducation gratuite et recensées par le ministère avouent n'être pas intégrées dans le programme. Sinon à leur insu. C'est une accusation grave. Ou un manquement dans le processus d'identification des écoles. Déjà, après le tremblement de terre, un projet d'aide aux écoles avait été infiltré par des écoles inexistantes... L'annonce de l'ISC a terni la célébration de la première année de Michel Martelly qui n'a pas pu tabler sur le plus important succès, à date, de son règne. Il faut que la machine de l'Education nationale subisse des réglages. Pour revenir au président Martelly, quelle belle revanche il offre à la presse. Les médias ont été les principaux vecteurs de sa campagne de communication pour son premier anniversaire au pouvoir. Une omniprésence salutaire en ces temps de vaches pas trop grasses. On ne saura jamais si le président Michel Martelly regarde, écoute ou lit la presse. Il s'y verrait beaucoup. A défaut de réglage, le président s'est auto ajusté. Le temps des célébrations, disent déjà ses meilleurs amis, les journalistes...