Les signaux donnés depuis quelque temps par les décideurs du pouvoir exécutif d’une part, et par ceux des deux branches du pouvoir législatif d’autre part, n'augurent pas d'une année 2013 porteuse d’espoir pour le peuple haïtien. Déjà, le malaise se fait sentir entre le président et son Premier ministre à moins de six mois de gestion du gouvernement Lamothe. Que ce soit en présence de la presse ou en réunion avec les ministres, les rapports ne sont plus les mêmes entre les deux hommes qui avaient, dans les premiers moments, donné l’impression d’une cohabitation sans précédent dans les rapports entre un président et son Premier ministre. Le choix par Laurent Lamothe de plusieurs membres de son gouvernement est un acte inédit dans l’histoire de ce régime d’Assemblée rentré dans nos mœurs avec l’adoption de la Constitution de 1987. Aucun autre chef de gouvernement avant lui n'avait eu la latitude de choisir plus de deux ministres au sein du cabinet ministériel, lorsque le Premier ministre est choisi par le président de la République en consultation avec les présidents des deux chambres.

Ministre des Affaires étrangères du gouvernement Conille, Lamothe n’avait pas pris du temps pour devenir aux yeux de Martelly celui qui incarnait la vision du président, en lançant le concept de diplomatie d’affaires au niveau de la chancellerie haïtienne. Devenu l’homme fort du pouvoir, Laurent Lamothe, en sa qualité de Premier ministre et ministre de la Planification, participait à toutes les décisions engageant le pouvoir exécutif. Les accusations de corruption des avocats Newton St-Juste et André Michel sur la famille présidentielle dans plusieurs dossiers, dont les uns plus humiliants que les autres, avaient contribué à diminuer l’influence de la première dame dans la gestion du cabinet ministériel et permis au chef du gouvernement d’avoir les coudées franches. Cependant, la crise politique née de la formation du Conseil électoral permanent depuis cinq mois et les catastrophes naturelles enregistrées au cours de cette année ont réduit les capacités du gouvernement en ce qui a trait au taux de croissance de 8% prévu il y a un an par les institutions internationales au regard des lignes directives du Premier ministre d’alors, Garry Conille.