En douze mois, c'est le troisième carnaval d'envergure organisé sous l'égide de l'ancien autoproclamé président du compas direct devenu président élu de la République. Même si les musiciens et artistes souhaitent une plus grande attention, les bambocheurs marqueront d'une pierre blanche la première année pleine de Michel Martelly au pouvoir.
Les Cayes en février 2012, Port-au-Prince pour le carnaval des Fleurs en juillet de la même année, et déjà nous revoilà en février 2013 à mettre le cap sur le Cap-Haïtien. Si, in extremis, le carnaval des DJ n'avait pas été annulé et renvoyé sine die après le passage de l'un des cyclones qui nous ont frappés, le record aurait été de quatre festivités carnavalesques en un an ! Bien entendu, n'est pas pris en compte le carnaval de Jacmel, qui ressemble de plus en plus à celui de Port-au-Prince avec les groupes musicaux montés sur char s'adonnant à la guerre des décibels.
Le carnaval, on peut aimer ou détester, ne pas y prendre part par conviction ou pour toute autre raison; impossible de ne pas être entouré de slogans sinon de refrains, de sons nouveaux ou d'accords recyclés, pendant la période qui va du premier dimanche de janvier au mercredi des Cendres.
En février ou en mars, pour de nombreux secteurs d'activités, les jours gras sont comme Noël, une saison de recettes et de chiffres d'affaires en plein boom. L'État, depuis quelque temps, implique de plus en plus le secteur privé dans l'organisation et rationalise les dépenses en consolidant le budget. Les millions privés et publics se rencontrent pour alimenter un peu de créativité et beaucoup de bruit pour inventer la fête la plus grande productrice de sueur de l'année.
Oui, le carnaval haïtien est avant toute autre chose un grand cours d'aérobic et une lutte joyeuse autour d'immenses haut-parleurs déversant des mots d'ordre et de la musique. Pour en faire l'événement touristique ou médiatique tant rêvé, il lui faudrait moins de vigueur dans les échanges et plus de couleurs. Moins de décibels et plus de discipline en ce qui concerne l'horaire.
Mais, comme on le dit souvent ici, si tout se passait comme pour un concert au Rex, avec heure d'arrivée fixe du cortège et un programme respecté à la lettre, ce ne serait plus le carnaval.
Pour prouver notre attachement à l'improvisation créatrice, le choix du Cap-Haïtien comme siège du carnaval national a été annoncé il y a de cela quelques semaines. Le choix des groupes qui y prendront part est encore un secret, et personne ne sait si, en 2013, Port-au-Prince aura son carnaval des Fleurs en juillet, en août ou pas du tout.
Après avoir emmené Mardi-gras et bons masques en province, attendons voir les innovations qu'introduiront les gestionnaires de l'ère Martelly dans nos traditions carnavalesques d'ici trois ans. Et, qui sait, une dizaine de carnavals plus tard, nous serons sur la carte des carnavals incontournables.
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