Dans une certaine indifférence, Jean-Claude Duvalier ne s'est pas présenté en personne devant le juge qui l'avait convoqué. L'ancien président à vie a expliqué dans une lettre qu'en la conjonction avec la date du 7 février, anniversaire de son départ du pouvoir, ce jeudi n'était pas le meilleur jour pour affronter les victimes de son régime. Rendez-vous le 21 février pour la suite. Plusieurs stations de télévision ont, à la même heure, diffusé jeudi le documentaire d'Arnold Antonin, « Gérard Gourgue, l'homme par qui le cours de l'histoire aurait pu changer ». Le faire à 7 heures, un 7 février, 27 ans après la chute du régine des Duvalier, n'est pas anodin. Le réalisateur et les médias associés dans cette opération payaient un tribut à un acteur, perdant certes, mais par ailleurs sympathique du mouvement démocratique. Ils marquaient aussi la date symbolique de notre entrée en démocratisation en 1986 et offraient aux jeunes un raccourci de ces trente dernières années. Un documentaire est un médium particulier pour camper tout à la fois un personnage tel que Gourgue, une tranche de notre histoire et les balbutiements du mouvement démocratique. Est-ce parce que c'est le résumé d'un échec, une histoire écrite par des acteurs impliqués sans donner la parole à tous les acteurs concernés, qu'il reste des vides immenses, toujours pas comblés, après plus d'une heure trente d'images ? Le malaise vient aussi du fait que ce documentaire est le miroir ébréché où se reflètent les erreurs, les occasions manquées, les faiblesses et les espoirs déçus de toute une période. Dommage que la diffusion de « Gérard Gourgue, l'homme par qui le cours de l'histoire aurait pu changer » n'ait pas été suivie d'un débat. Si ce 7 février des enfants de dignitaires du régime des Duvalier sont aux affaires, ce n'est pas à cette aune qu'il faut évaluer le chemin parcouru. Ils sont à la tête de l'Etat par le biais d'un processus électoral ouvert, au nom d'un mouvement politique aux couleurs connues et sont redevables de comptes aux pays. Nous avons lambiné, nous nous sommes perdus, mais, de sueur et de sang versé, avons avancé. Nous sommes sortis de la dictature. La porte est fermée, même si elle n'est pas condamnée. Ce 7 février 2013, ce moment d'histoire sur petit écran mis à part, le pays avait la tête ailleurs. C'est le temps du carnaval. Et les carnavaliers rient encore de cet arrêté présidentiel qui déclare mardi et mercredi fériés, mais lundi seulement la deuxième partie de la journée. Comment feront ceux qui n'ont pas d'hélicoptère pour rallier leur travail après une nuit au carnaval dimanche au Cap-Haïtien...? Pour une fois, cependant, ceux qui aiment les folles fêtes sont informés avec un long délai. Le carnaval des Fleurs aura lieu fin juillet 2013 à Port-au-Prince et c'est Gonaïves qui accueillera le carnaval national en 2014. C'est la ministre du Tourisme, Stéphanie Villedouin, qui en a fait l'annonce au Nouvelliste, ce 7 février.