Magik 9, suite à l'article à la une de Ticket Magazine lundi, « Hollywood a les Oscars, Haïti les Charles Oscar », a tenu mardi matin un débat sur la mort du cinéma en Haïti en pointant du doigt les causes et en établissant les responsabilités. Un tant soit peu. Une émission de quelques minutes comme un article de six cents mots ne peuvent pas faire le tour de la question. Leur mérite est de lancer ou relancer le débat sur la mort aujourd'hui du système économique d'exploitation des créations audiovisuelles en Haïti et l'agonie de la création locale en la matière. Nos récipiendaires des Charles Oscar, puissants et nombreux, certains en toute candeur, d'autres avec férocité, ont tué le cinéma en Haïti, il fallait le dire et le leur dire. S'il n'y avait pas les clips publicitaires, les clips musicaux et les quelques rares émissions de nouvelles, un documentaire et un film de temps à autre, on se demande à quoi serviraient toutes les caméras et le talent accumulés depuis des décennies dans ce pays. Comme un clin d'oeil au désintéressement de la nation pour le cinéma, pas une salle digne de ce nom n'a pu accueillir la production française sur Toussaint Louverture ; et c'est un cinéaste nigérian, seule personnalité du septième art à avoir retenu jusqu'à présent son attention, que le président Michel Martelly a décoré cette année, qui réalisera une autre fiction sur Toussaint Louverture si toutes les conditions sont réunies. Pas une entité publique ou de la société civile n'a salué la sortie du dernier documentaire de Raoul Peck au festival de Berlin ni la présence de trois films haïtiens au Fespaco de Ouagadougou. Arnold Antonin se bat comme un lion pour faire encore du cinéma; ne mérite-t-il pas plus d'encouragements et d'accompagnement ? Fiction ou documentaire, nous ne produisons presque rien, même si le cinéma a son institut à Jacmel et les écoles pour vidéographes pullulent. Jamais nous n'avons eu en exploitation sur le territoire autant de stations de télévision en ondes claires ou brouillées. Jamais on a si peu produit de courts métrages, de longs métrages ou d'émissions locales par tête d'habitant. Le cinéma, comme les autres formes d'art, est un vecteur idéologique. Sa force ou son déclin sont symptomatiques de choix, d'absence ou de l'orientation des politiques publiques. Le cinéma, sous ses multiples supports, est le miroir fidèle d'une société et montre ses peurs, ses rêves, ses angoisses, ses envies, ses dérives, ses rejets. Partout, on veut se voir sur grand ou petit écran parce qu'on se croit beau, désirable, grand. On fait tout pour que les projecteurs restent éteints pour des raisons tout aussi solides. De l'Etat aux élites, le choix d'avoir à portée de remote control les productions étrangères, et seulement elles, est un acte de foi dans un monde irréel, étranger et qui n'est pas le nôtre. En Haïti, nous avons tué le cinéma pour tenter de monter notre propre petit film.