Michel Martelly adore les premières. On ne compte plus les fois où cette expression a été utilisée pour qualifier une action de sa présidence. Des fois à tort, ses services de communication ont tenté de faire passer pour des nouveautés des actions ou des réalisations déjà vues en d'autres temps, sous d'autres leaderships. Sur la liste des premières qui reviennent à l'administration Martelly, ce jeudi 28 février fera date. Pas parce que des ministres du gouvernement ont pris le temps d'organiser une conférence de presse pour annoncer que le premier spectacle de patinage sur glace prévu au stade Sylvio Cator n'aura pas lieu à la date prévue, ni parce que le gouvernement a répondu présent à la séance de questions des députés, mais parce que les premières fois se sont bousculées ce jeudi. Ce 28 février a débuté par l'interdiction de départ émise et appliquée contre l'ancien maire de Pétion-Ville, Maurice Prosper. Il est reproché à l'ancien premier citoyen de cette ville des actes pendant sa gestion à la tête de la commune la plus huppée du pays. Cueilli alors qu'il s'apprêtait à prendre l'avion pour aller passer ses vacances à l'extérieur du pays, celui qui était encore un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères et côtoyait les plus hautes autorités a fini sa journée derrière les barreaux d'une cellule de garde à vue. Autre première, Jean-Claude Duvalier s'est enfin rendu au tribunal pour être entendu par la justice en présence d'anciennes victimes de son régime qui l'accusent de mauvais traitements, de violations diverses de leurs droits et d'autres méfaits. Pour éviter les embouteillages, l'ancien dictateur était dès les petites heures au tribunal. Et après trois heures d'attente patiente, il a répondu à un flot de questions sans concession. Ce n'est pas sa première visite devant un juge depuis son retour d'exil, mais c'est bien la première fois que l'ancien président à vie s'est exprimé sur les actes de sa présidence. Comme s'il ne fallait pas s'arrêter en chemin, on a appris ce jeudi que la justice a lancé un mandat de comparution contre l'ancien président élu René Préval. L'homme de Marmelade devra répondre bientôt aux questions d'un juge d'instruction sur l'assassinat de son ami, le journaliste Jean L. Dominique, tué en 2000 alors que Préval était président de la République. Si des proches de l'ancien président ont implicitement confirmé l'existence du mandat, aucun des avocats de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide n'a pu authentifier la rumeur qui fait état d'un mandat émis contre l'homme de Tabarre dans le cadre du dossier Jean Dominique. Trois ex-présidents devant les juges, ce serait une première. Comme s'il fallait éviter que Michel Forst, l'expert indépendant sur la situation des droits de l'homme en Haïti, ne repasse au gouvernement un mauvais carnet, la ministre Rose-Anne Auguste a débuté une série de visites des centres pénitentiaires ce jeudi au pénitencier national. Dans son souci de « distribuer des matelas, livres et autres articles visant à humaniser les détenus » comme annoncé hier en Conseil des ministres, la ministre déléguée auprès du Premier ministre chargée des droits de l'homme et de la lutte contre la pauvreté extrême, a elle-même remis aux détenus du plus grand centre carcéral du pays leur paquet-cadeau. Cette action ministérielle coïncide avec la chasse à l'homme lancée par des tweets récents du Premier ministre Laurent Lamothe. Depuis deux jours, le Premier ministre a annoncé que « le directeur général de l'Unité de lutte contre la corruption, Antoine Atouriste, travaille actuellement sur 150 cas de corruption présumée et que 63 personnes, dont un certain nombre de fonctionnaires de l'État, ont été inculpées et vont bientôt être jugées. » Laurent Lamothe a aussi annoncé sur le réseau social aux 140 caractères que son gouvernement « veut la transparence et déclare la guerre à la corruption ». Ce jeudi, après une journée chargée en événements judiciaires, le PM a reçu au cours d'une réception en sa résidence privée les ambassadeurs ibéro-américains accrédités en Haïti pour les informer de la situation sociopolitique au pays, informe son compte Twitter. Loin de tout, le président Michel Martelly était dans l'Artibonite pour lancer de grands travaux de drainage. Les observateurs enquiquineurs disent que les nombreuses visites d'inspection de projets par le président ces derniers temps ont une allure de campagne préélectorale alors que la justice lance la course aux scalps.