Tous ceux qui admirent, avec émotion ou déception, la transformation des flancs de Morne Calvaire à Pétion-Ville doivent se demander combien il faudra de gallons de peinture pour recouvrir toutes les façades de Jalousie.
À cette question, même le projet 16-6 n'a pas de réponse. Le projet a un budget. Et qui dit budget, dit limitation.
Combien y a-t-il de maisons à Jalousie ? Là encore, difficile d'y répondre. Existe-t-il un recensement exhaustif de la population, du bâti ? Quand est-ce qu'une maison en est une dans la nomenclature du projet ? Quand des âmes vivantes y habitent ? Ou quand il y a des murs visibles depuis les quartiers avoisinants ?
Autre question essentielle : quel est le rythme de croissance d'un quartier précaire et populeux ? À quel rythme un bidonville grandit-il ? Combien de nouvelles habitations y prennent naissance, par jour ou par semaine ?
Si la superficie s'étale à une vitesse trop rapide, si la surface des murs croît exponentiellement, le projet s'essoufflera avant d'en voir le bout.
Comment fait-on le décompte des familles, celui des résidences ? La subdivision d'une chambre, la division d'une maison, la construction d'une nouvelle unité, qu'est-ce qui détermine la répartition de l'habitat ? Quelle est la surface minimale à partir de laquelle on parle de nouvelle cellule de logement ?
Si des études existent, elles ne sont pas publiées. L'Institut haïtien de statistique et d'informatique (IHSI), l'Entreprise publique de promotion de logements sociaux (EPPLS), l'Unité de construction de logements et de bâtiments publics (UCLBP) ou les grandes organisations non gouvernementales disposent-ils de données fiables sur le sujet ?
La dernière précision, et non des moindres, pour trouver le nombre de mégalitres de peinture nécessaire à transformer Jalousie en tableau de Préfète Duffaut, il faut pouvoir délimiter Jalousie pour évaluer la quantité de peinture nécessaire au miracle.
Où commence et où s'arrête un quartier comme Jalousie ? Pour éviter toute crise de jalousie des quartiers périphériques ne va-t-on pas être obligé d'offrir de la peinture, une aide quelconque, inventer un Ede Pentire, comme il y a Ede Pep, Ede Peyizan, Kore Etidyan, elatrie aux autres quartiers ?
D'autant que Jalousie ne s'arrête qu'à Gressier. De poche en poche, de Pétion-Ville jusqu'à l'entrée de Léogâne, les quartiers difficiles ceinturent la zone métropolitaine, grignotent le bas-ventre du morne L'Hôpital, s'étirent sans fin.
Le gouvernement a du pain au bout de ses pinceaux.
À quand une initiative des fabriques de peinture pour tous ces murs assoiffés de couleurs... Ils devraient être déjà en train de proposer leur service d'autant que se lancer dans l'aventure d'une maison joliment peinturée donne naissance, sans apport pour eux, à une clientèle captive qui leur faisait défaut dans une capitale gris ciment.
Charles Aznavour ne chante-t-il pas : " Il paraît que la misère serait moins pénible au soleil"? Ne le serait-elle pas aussi dans une ville aux mille couleurs?
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.