Deux ans, c'est bien peu pour changer le visage d'Haïti! Deux ans dans un mandat de cinq ans, c'est beaucoup. Deux rapports rendus publics mercredi accréditent la thèse que l'administration Martelly-Lamothe n'emprunte pas les bonnes voies pour mener le pays sur la route de la renaissance, du développement et de la souveraineté recouvrée.
Le premier rapport réalisé par le Forum économique mondial, organisateur du sommet de Davos où Haïti se fait voir depuis deux ans, concerne la compétitivité dans le voyage et le tourisme. Sur 140 pays analysés, notre Haïti est bon dernier.
Nous sommes derniers pas seulement parce que nous recevons peu de touristes, mais parce que les conditions ne sont pas réunies pour qu'ils viennent nous visiter en plus grand nombre. Avons-nous trop tôt annoncé notre retour sur le circuit mondial ? Mal évalué nos atouts ? Péché par orgueil ? Joué à la grenouille qui se veut grosse comme un boeuf ?
L'heure n'est pas celle de la défense de nos qualités ni celle de l'illustration de nos héroïques efforts. Ne cachons pas la liste sans fin de nos faiblesses, ni celle infinie de nos potentialités. Restons dans le difficile présent, dans le concret; faisons l'inventaire de nos atouts réels; évaluons courageusement les exploits qu'il nous faut accomplir pour passer du diamant brut que nous sommes au bijou que nous devrons être pour briller dans la vitrine caribéenne.
Nos devoirs finis, gageons que le dernier ne peut que progresser et grignoter des places dans le classement l'année prochaine. Mettons-nous au travail sans contester ce qui est une pure et dure vérité.
Le tourisme comme levier vient rejoindre un autre moteur calé : la compétitivité générale de l'économie pour laquelle nous sommes classés 142e sur 144 pays. L'indice de développement humain, 161e sur 187 pays ou territoires, dresse le tableau général de nos faiblesses. Restent la politique, l'État de droit, la justice, les élections, des secteurs où Haïti peut faire de grandes enjambées.
Là encore, déception. Le rapport présenté au Conseil de sécurité des Nations unies mercredi par le Représentant spécial par intérim du secrétaire général en Haïti, M. Nigel Fisher, et par ailleurs chef par intérim de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), ne laisse pas entrevoir des perspectives souriantes après deux ans de retard dans le calendrier électoral et les errements pour mettre en place le CT-CEP.
Lors de la réunion de mercredi, les vingt_cinq délégations qui ont participé au débat « ont soutenu l'idée de recentrer l'aide qu'a apportée la Minustah à la Police nationale d'Haïti dans l'exécution de ses tâches essentielles ainsi qu'à la mise en place des institutions responsables du processus électoral, de la promotion de l'Etat de droit, de la protection des droits de l'homme et de l'établissement, et de la pratique des normes de bonne gouvernance. »
Ce recentrage annoncé risque d'être suivi par d'autres institutions pour nous aider, nous porter, nous forcer à donner plus d'attention aux seuls objectifs atteignables, ceux qui concernent la démocratisation du pays.
Comme pour donner du poids aux responsabilités des dirigeants dans les mauvaises performances du pays ces derniers mois, le secrétaire général de l'ONU, Ban ki-moon, a souligné « que les remaniements ministériels intervenus au cours de l'année écoulée pèsent sur les efforts de renforcement des capacités déployés par la Minustah et les donateurs internationaux ».
Martelly et Lamothe sont visés par cette flèche. Ce n'est donc pas à cause de notre karma que nous avons de mauvais carnets. Nous ne prenons pas de bonnes et judicieuses décisions. Pas assez.
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