Sans tambour ni trompette, le président de la République a quitté le pays le lundi 18 mars pour se rendre aux Etats-Unis, avant de s'envoler pour le Surinam aux fins de dialoguer avec les autorités de ce pays sur les relations commerciales, et ensuite de prendre l'avion à destination de Guyana pour passer en revue la coopération entre les deux pays avant de signer des accords de coopération. Michel Martelly est rentré au pays le lundi 25 mars sans piper mot, après avoir séjourné pendant une semaine en terre étrangère. Pas de communiqué du bureau de communication de la Présidence annonçant à la nation le voyage du chef de l'Etat ni son itinéraire. S'agit-il d'une nouvelle disposition prise par le Palais national de ne pas révéler à la presse les voyages à l'étranger du chef de l'Etat ?
Après avoir affiché son désaccord par rapport au choix de la majorité présidentielle à la Chambre des députés relatif au Collège transitoire du Conseil électoral permanent, Martelly est parti après la publication de deux rapports accablants sur Haïti. L'un sur le tourisme, et l'autre sur l'indice de développement humain dans lequel Haïti est classée 161e sur 187 pays. Publié chaque année depuis plus de vingt ans, ce rapport du PNUD permet à beaucoup de pays de changer le mode de fonctionnement des institutions publiques afin de parvenir à la bonne gouvernance, condition indispensable pour améliorer leur score.
Le revenu per capita, le niveau d'éducation et l'accès aux soins de santé constituent entre autres les critères clés retenus par les experts de l'Onu pour classer les pays. Notre pays pourra-t-il quitter la zone rouge où il se trouve depuis une quinzaine d'années ? Les cinq E de Martelly peuvent-ils servir de stimulant pour nous enlever l'épithète de pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental ?
Sur le plan éducatif, le Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire (PSUGO) s'est révélé un échec. Les autorités du ministère de l'Éducation nationale étaient beaucoup plus intéressés à installer des banderoles et des billboards à travers la capitale pour afficher le nombre d'écoliers présents sur les bancs de l'école, pour plaire au président, au lieu de contrôler le PSUGO. En matière d'emploi, les efforts du gouvernement dans la sous-traitance sont significatifs mais non suffisants. Le gouvernement n'a jusqu'à présent révélé aucune politique économique. Il n'y a aucune initiative gouvernementale pour relancer l'agriculture. Alors que ce secteur pourrait contribuer jusqu'à quarante pour cent du Produit intérieur brut. En ce qui a trait à l'État de droit, les erreurs gouvernementales sont criantes. Les décisions maladroites de juges sous la pression d'agents de l'exécutif et les crises successives au sein du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire ont mis les autorités gouvernementales sur la sellette. Sur le plan énergétique, on ne sait pas grand-chose. Le ministre chargé de l'énergie n'a jusqu'à présent pas révélé son plan d'action. 2013 a été décrétée par le président Michel Martelly année de l'environnement. Le ministre chargé de ce département tarde à dévoiler les grands axes de sa politique, après trois mois de cette annonce. Il serait de bon ton de choisir un département pilote pour lancer les grands projets environnementaux.
Trois ans et quarante-cinq jours avant la fin du mandat de Martelly, le miracle haïtien est encore possible.
Est-ce que le président est conscient qu'en dépit de ses bonnes idées, il est encore à la case départ ? Est-ce qu'il est conscient aussi que la plupart de ses conseillers ne peuvent pas lui permettre de franchir le Rubicon ?
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