Il se passe quelque chose. Les protagonistes à l'image ne savent pas où se mettre. Bien vite, on comprend que la terre tremble. Que tout s'écroule. << Assistance mortelle >> est lancée sur des images du tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui a dévasté plusieurs quartiers à Port-au-Prince plus que dans les autres villes affectées. Le film s'achève comme il a commencé sur des images de goudougoudou saisies par des caméras qui tournaient en continu pour des raisons de sécurité en des points fixes au palais national ou ailleurs. Entre ces deux parenthèses du séisme, le film de Raoul Peck se déroule comme un thriller. De séquence en séquence, le spectateur traverse la catastrophe-Haïti. Le long documentaire se déroule pendant plus d'une heure et quarante minutes. Plus long fut le tournage. Il a duré deux ans. << Assistance mortelle >> est une litanie douloureuse. Un lent chemin de pénitence. Pas une seconde on ne peut lâcher prise. Le spectateur est accroché. Tenu à la gorge par le sujet. Un pays est dépecé, assassiné sous nos yeux. Une nation se laisse tuer. L'aide a-t-elle fait plus de mal ailleurs ? Il est permis d'en douter. << Assistance mortelle >> est choquant et fascinant. Le nombre élevé des morts provoqué par le séisme attire la compassion comme les cadavres en décomposition attirent les mouches. Cependant, pas une fois on ne voit, tout au long du film, un corps écrasé. Pas un blessé, ni un cri. Le sujet est pourtant saignant. Le choix des images, les deux voix off, l'ironie de certaines scènes, tout est brutal, frontal, mortel. La lente mise à mort de la reconstruction, le pillage de nos illusions, l'exploitation du chagrin et de la misère tissent un voile de deuil qui étouffe le spectateur. À mesure que les minutes trottent, chacun se découvre sujet du film. Sans être à l'écran, vous êtes dans l'histoire. << Assistance mortelle >>, c'est notre histoire entre rappels, témoignages et révélations. Le documentaire dresse le tableau d'un énorme raté. C'est le film de notre histoire récente entremêlée à celle de ceux venus nous secourir après la catastrophe du 12 janvier. C'est aussi le récit sans fard de la misère des institutions haïtiennes, de la dépendance des pays comme le nôtre, des limites du pouvoir de nos dirigeants et de l'absence de la société civile locale, bonne seulement à grappiller quelques avantages des miettes tombées de la table de la communauté internationale. Ce film devrait être diffusé à grande échelle pour être vu par tous les Haïtiens. Télé Métropole le propose dimanche soir avant que toutes les stations de télévision ne le fassent. Chaque étranger qui met les pieds en Haïti devrait en recevoir une copie et être astreint à regarder le documentaire intégralement avant de recevoir l'autorisation d'entrer sur le territoire. << Assistance mortelle >> devrait être injecté à tous ceux qui nous veulent du bien, pas comme on administre une punition ou un vaccin, non simplement pour qu'ils comprennent que nous sommes conscients de nous faire avoir chaque fois que l'on veut nous aider. << Assistance mortelle >> décrypte la répartition de l'aide humanitaire comme de celle dite au développement dans un pays comme Haïti. Il fait le décompte des bons sentiments de l'opinion publique mondiale, de la générosité intéressée des bailleurs et des attentes des assistés. Au bout du chemin, ces derniers recevront une bouteille d'eau, le pays, beaucoup de promesses, et les intermédiaires garderont tous les milliards. Sans tirer de conclusion, << Assistance mortelle >> fait tout pour mettre fin à la carrière de Bill Clinton en Haïti. Le super envoyé spécial et tous ceux qui lui ressemblent en prennent pour leur grade, titre et qualité. Les assistés, mortellement atteints, ne sont pas épargnés. Le parfum de décadence et de dilution qui se dégage d'<< Assistance mortelle >> est tenace. Raoul Peck peut mettre en chantier son prochain film, le séisme et les ravages de l'aide se poursuivent.