Cornélien ou sans qualificatif, le commun des mortels se retrouve souvent devant un dilemme. Pour les hautes autorités, la somme des problèmes est proportionnelle aux avantages tirés de leur fonction. Le président Michel Martelly fait face, depuis deux jours, à un trilemme. Il est au centre d'un carrefour en Y.
Il peut garder le gouvernement en ignorant les démissionnaires jusqu'à décider seul de leur remplacement à son rythme. Opérer de grands changements en laissant comprendre que cela va mal. Réaliser un replâtrage léger. Dans tous les cas, le trilemme est en place.
Des ministres laissent le navire Tèt Kale avant même qu'on ne les y contraigne. Nombreux de ceux dont on ne veut plus s'accrochent. Rares sont les personnalités approchées qui se disent prêtes à monter à bord du navire amiral en contrôle de l'État. La question de la confiance se pose avec acuité.
Dans un pays où les chômeurs sont légion, en dépit des valeurs ou de l'envie de se rendre utile, comment trouver suffisamment de têtes, bien faites et bien pleines, qui disent oui à tout ? Comment trouver des athlètes capables de gagner sur cent mètres un jour et un marathon le lendemain ? Où dénicher des pintades roses, agiles et crédibles, souples et honnêtes, expérimentées et fraîches ?
En un mot comme en cent, Martelly a le défi de se renouveler sans perdre son âme. De garder son ADN, sans perdre la face. D'inspirer le pays à vouloir faire route avec lui en traînant de lourds boulets.
Pour gagner les élections, il faut des alliés en rangs serrés. Pour bien gouverner, des compétents en rangs serrés. Des alliés compétents sont une denrée rare de nos jours, au pouvoir comme dans l'opposition.
Le gouvernement n'a pas l'appui du Parlement. La communauté internationale se pince le nez. La population s'interroge de plus en plus : que se passe-t-il au sein de la flotte ? Il y a comme une crise de confiance dans l'air.
En moins de deux ans, Michel Martelly président aura essayé une kyrielle de combinaisons ministérielles. Rien ne marche à la perfection. Des hypothèques pèsent sur les chantiers en cours. Est-ce à cause d'ambitions trop ambitieuses ou de problèmes insurmontables que le moteur de la machine s'essouffle, s'enraye, cale ?
L'idéal serait de donner un grand coup de balai et de procéder au grand ménage pour se débarrasser, une fois pour toutes, des encombrants, des incompétents et des tièdes qui congestionnent les ministères, les directions générales et l'entourage des chefs.
Problème insoluble : si l'on s'en prend aux trois catégories, il ne restera pas grand monde pour conduire la barque du pouvoir dans les trois années qui viennent.
Le président se trouve dans une situation où il doit choisir entre des possibilités présentant toutes des désavantages.
Cornélien, ce trilemme !!!
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