Le documentaire de Raoul Peck tombe à pic. Il dédouane René Préval de bien de faiblesses dont on le croyait affublé. Il épargne à Michel Martelly bien de reproches qu'on serait tenté de lui adresser. Les amis d'Haïti de la communauté internationale, les ONG et les autres, ne seront plus jamais des saints aux yeux de l'Haïtien qui a vu Assistance mortelle. Nous n'avons pas pu vite nous reconstruire parce que ceux qui ont accouru à notre chevet n'avaient pas tous les meilleures intentions du monde, explique Assistance mortelle.
Le travail du cinéaste est précis et coupant. Le documentaire nous offre une voix, un puissant outil, une esquisse de la revanche que nous aurions souhaitée avoir s'il pouvait être projeté dans toutes les langues, sur tous les écrans du monde.
Dans Le Nouvelliste du 23 février 2010, quelques semaines après le tremblement de terre, déjà, un édito mettait en garde contre les amis venus nous aider. Il est bon de reprendre ce texte qui, s'il a perdu de sa fraîcheur, garde sa lucidité.
L'édito titré « Haïti, chacun fait son petit marché » disait :
« Les Américains ont parlé les premiers, dès les premières heures qui ont suivi le séisme. Les Dominicains, nos voisins qui partagent l'île avec Haïti, sont arrivés tout de suite. Sans battre la grosse caisse. Ils font ce qu'ils peuvent. Et engrangent de petits bénéfices qui auront de grandes retombées.
La France et le Canada, Cuba et le Venezuela aussi ont accouru. Puis, le reste du monde. Chacun avec sa petite idée pour planter son drapeau, faire tourner les caméras et prendre des photos.
Les sauveteurs ont fait un travail admirable. Les médecins aussi. Les militaires, on ne saura jamais leur vraie fonction. Quant à la presse de catastrophe, elle a eu son compte de scoops.
Pendant que les râles des mourants et les pleurs des parents se confondaient, la communauté internationale réglait ses comptes. La France tempête contre le contrôle de l'aéroport par les Américains. Le Brésil menace de plier bagage si les USA surclassent ses soldats de la mission de l'ONU. Le président Hugo Chavez et ses alliés dénoncent la mainmise américaine sur le pays au prétexte du désastre. Les Américains mobilisent hommes, matériels, stars et millions pour une opération aux portes de la Floride.
En fait, ici, les Haïtiens ne se soucient guère de toute cette danse peu diplomatique autour de leurs cadavres. On veut de l'aide. Toutes les aides. Dans tous les domaines.
On s'est peu soucié des efforts français pour faire sortir au plus vite le plus d'enfants à adopter. Nullement inquiété des offres sans fard du Canada qui vident le pays de ses ressources humaines les plus qualifiées. On reste sceptique face aux mirages que de nombreux pays africains font miroiter aux amants d'aventure. Encore moins sensible aux réserves de la gauche sud-américaine sur les arrière-pensées d'Obama. Même les enfants volés par des Américains n'a pas fait scandale.
Chacun est libre de venir nous aider et d'essayer au passage de tirer ses marrons de nos ruines. C'est une pratique habituelle dans ce pays mille fois conquis, pillé, asservi, contenu, assiégé, assisté.
Blessés, exsangues, agonisants, nous ne sommes en mesure de mener aucune bataille. Cela ne veut pas dire que nous n'ayons pas vu, entendu et compris... »
Raoul Peck a vu, entendu, compris et filmé. Son travail nous offre une petite revanche. Le documentaire ne nous absout pas de tout. Pour que l'assistance soit mortelle, il faut être plusieurs à mal faire ce qu'il y a à faire.
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