La musique haïtienne vit son plus gros week-end. On peut même dire sa plus grosse semaine de l'année. Lancées mercredi avec une Emeline Michel et un Arly Larivière en verve, les festivités du Haitian Compas Festival prendront fin lundi après une douzaine de gros rendez-vous dans toute la Floride. Le point d'orgue sera le festival lui-même, samedi 18 mai, au centre-ville de Miami. L'événement est la plus importante succession d'affiches à entrée payante organisée par des particuliers d'origine haïtienne à travers le monde. Les compatriotes ne s'y trompent pas, ils accourent de toute la diaspora pour célébrer le compas et notre drapeau, dont l'anniversaire coïncide avec le HCF. Cette année, le line-up fera place aussi bien à Zenglen, qui possède le meilleur album récent sur le marché, qu'à Brothers Posse, l'invité évité des dernières festivités carnavalesques. Il y aura BelO et JPerry. Anbyans, la révélation du carnaval de 2013 au Cap-Haïtien, et l'incontournable Djakout # 1. Parmi la quinzaine de groupes et dj annoncés, chacun trouvera sans doute une musique à son goût. Les autorités haïtiennes comme les entreprises d'ici ou celles intéressées au marché haïtien négligent depuis quinze ans ce rendez-vous traditionnel de ceux qui font flotter le drapeau haïtien avec fierté. Nous refusons d'en faire le tremplin d'une cause ou d'une autre. En parlant de ce que nous laissons sans attention particulière, Teri Moïse vient de mourir. La nièce des frères Pasquet, Dadou et Tico, rêvait de venir se produire au pays, un concert était en préparation avec la fille de Dadou Pasquet en artiste invitée. Ce rêve ne se réalisera pas et la récipiendaire d'un Victoire de la musique, plus haute récompense pour une artiste en France, n'aura jamais la chance de se produire au pays de ses racines. Quand ce ne sont pas les occasions manquées qui nous séparent, c'est l'indifférence. Jean Michel Basquiat n'est toujours pas reconnu par les siens et approprié pour ses racines haïtiennes. Le premier peintre noir célèbre, celui dont "Dustheads", une de ses oeuvres, a été vendue à 48,8 millions de dollars lors d'une vente aux enchères au début du mois de mai, a sa place dans notre panthéon comme lui il avait su mettre Toussaint, Dessalines, Baron Samedi dans ses toiles. "Dustheads", le tableau de 48 millions de dollars, « représente deux personnages grimaçants et très colorés sur fond noir, et témoigne de l'art unique de Basquiat consistant à associer des expressions d'émotion crue à une technique de dessin jamais égalée dans la peinture moderne », a estimé Christie's. Le Compas Festival, Teri Moïse, Jean Michel Basquiat, quel est le lien ? Nous. Un peu de nous et cette diaspora qui dispose d'un ministère qui peine à se trouver une mission. L'âme haïtienne erre comme un pied dans des bottes trop larges. Qui s'occupera de nouer les lacets ?