La mauvaise gestion des rapports entre le pouvoir exécutif et le Parlement risque de plonger le pays dans une véritable crise de gouvernance. Alors que le Sénat a convoqué le Premier ministre et les membres du cabinet ministériel le mardi 28 mai 2013, le président de la République, par arrêté pris en Conseil des ministres, a convoqué le Corps législatif en session extraordinaire à cette même date où le gouvernement doit répondre de sa gestion devant le Sénat. S'agit-il d'une stratégie du pouvoir exécutif pour ne pas rendre des comptes sur la gestion des 5 milliards de gourdes utilisées l'année dernière après le passage du cyclone Sandy, ou d'une coïncidence entre le président de la République et le Sénat ? La correspondance du Sénat de la République adressée au Premier ministre porte la date du mardi 21 mai 2013 et a été acheminée le même jour à la Primature. Tandis que, la convocation du président de la République est parvenue au Sénat le jeudi 23 mai 2013.
La demande du secrétaire général de la Primature de reporter la convocation du mardi 28 mai à la date du 31 a mis de l'eau au moulin de la plupart des sénateurs. Il est de coutume que lors d'une convocation de l'une des deux chambres du Parlement adressée au gouvernement, celui-ci demande de reporter la convocation, soit pour faire la cueillette des informations sollicitées ou pour répondre à un engagement pris antérieurement à la convocation. Dans le cas de ce dossier, ce n'est pas le report de la convocation qui porte préjudice au Sénat, c'est surtout l'initiative du président à la même date qui ressemble à une provocation. Mécontentement, colère et indignation, c'est en ces termes que la plupart des parlementaires ont accueilli la lettre de la Primature et la convocation du président de la République. Certains sénateurs envisagent de faire obstacle à l'ouverture de cette session extraordinaire pour prouver au pouvoir exécutif que le Parlement peut aussi déroger à certaines obligations.
Si tel est le cas, ce sera le début d'un bras de fer aux conséquences incalculables. Selon toute vraisemblance, la transparence sur la gestion des 5 milliards de gourdes utilisées par le gouvernement après le passage du cyclone Sandy serait à la base d'une éventuelle détérioration des rapports entre le l'exécutif et le Parlement. L'initiative des sénateurs fait suite à plusieurs lettres et convocations de la Chambre des députés sur le dossier. A la suite de plusieurs tentatives des députés du bloc Parlementaires pour le renforcement institutionnel (PRI), c'est le président de la Chambre des députés, Jean Tolbert Alexis, qui avait écrit au Premier ministre pour demander des informations sur les dépenses effectuées sur les 5 milliards de gourdes.
Pourquoi le gouvernement Lamothe ne veut-il pas rendre des comptes sur l'utilisation de ces fonds plus de huit mois après le passage de ce cyclone ?
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