Après la célébration des deux ans du pouvoir «Tèt Kale», c'est la longue période électorale qui approche. Trois années d'élections sénatoriales, communales, locales, législatives et présidentielle. On ressent déjà les frissons de la fièvre électorale. La fièvre de ce malade turbulent qu'est Haïti va donc grimper. Trois années électorales, c'est-à-dire d'incertitudes, d'instabilité, de peurs et de tension, pire, d'affrontements enflammés, de violences et de dérapages inspirés par nos vieux démons et nos sempiternels réflexes de mauvais perdants et de petits gagnants. Assujettie à la dictature de la fatalité, Haïti, le pays des surprises électorales, n'a pas de fichier de bonnes élections. Avec une cacophonie rocambolesque comparable à un film à suspense, les plus récentes élections peuvent en témoigner, s'il en était besoin. Vu cette tradition dévastatrice de passe d'armes, de crises institutionnelles spectaculaires à l'image de celles que nous avons vécues sous Aristide et Préval, de fraudes et d'irrégularités massives suivies de résultats contestés, non, nous ne pouvons plus rien prévoir. Pour ces trois prochaines années. Cela est incontestable et inquiétant. Incontestable, car le pays, entrelacé de crispations et de polarisations plus agressives les unes que les autres, ressemble déjà à un champ de bataille par sa configuration de conflits entre l'Exécutif et le Parlement et de luttes de personnes, et non d'idées alternatives ou de projets de société. Rien n'est figé pour autant. Inquiétant, car, en matière d'élections, il y a donc ce que la communauté internationale dit et ce que les Haïtiens, éternels marrons, ne veulent pas. La bataille électorale telle que les Haïtiens la conçoivent a quelque chose qui tient d'épouvantable. C'est à la fois une comédie et une farce, selon lesquelles les événements qui n'ont pas été prévus sont presque toujours parmi les plus importants en fin de compte. Dans ces conditions, la transition sereine et tranquille par voie électorale n'est alors jamais au rendez-vous. Mais nous pouvons nous consoler un peu de cette terrifiante et constante insécurité prévisionnelle, cette incapacité collective de se projeter vers l'avant, dans le fait que l'incertitude pour les trois ans à venir est un risque qu'il s'agit de réduire ou de maîtriser aux moyens du dialogue et du compromis. Au moins en termes de gouvernance politique, de gestion macroéconomique, d'organisation d'élections non litigieuses. On ne peut pas sous-estimer la question électorale ni la gérer de façon aléatoire ou secondaire. C'est une question de vie ou de mort : Aristide et Préval, gangrenés et balayés par les métastases électorales, en savent long. C'est la question la plus déterminante. Non seulement pour le pouvoir en place, mais aussi pour l'ensemble des forces politiques et des acteurs de la société civile. Et c'est la base d'une stabilité souhaitée et d'une relation apaisée entre tous les secteurs de la vie nationale. Ravageant tout sur leur passage, les cyclones ou les cataclysmes électoraux sont les pires. On appellera cela, dans une prochaine chronique, le cancer électoral.