Michel Martelly, bien avant de se lancer dans la politique, avait un point fort indéniable : la communication. Devenu chef d'Etat, communiquer est la pierre angulaire de son administration. La maîtrise de l'image est parfaitement menée par son équipe.
Chaque pas est célébré comme une avancée majeure. Chaque attaque essuyée, chaque étape surmontée, fêtée comme une guerre victorieuse. Les premières se succèdent et les chantiers ouverts sont présentés comme les travaux d'Hercule.
La firme internationale et les experts locaux au service du pouvoir rose font des merveilles. Le président, plus que parfait dans son rôle de premier acteur de son show, son premier ministre et certains des ministres, réécrivent les pages de la communication politique avec brio.
Cette débauche d'énergie communicationnelle cache mal le désert des temps difficiles quand ils surviennent. Les problématiques ardues sont soulignées quand elles restent sans réponse. Quand les spin doctors Tèt Kale n'ont pas la formule adéquate ça craque, l'image se fane si vite dans le monde de la communication ultraprésente.
Prenons les accusations de corruption portées contre la première dame et le fils du président. Si la décision de les nommer gestionnaires de fonds publics a été prise en Conseil des ministres, la plus haute instance décisionnelle du pays, il faut le dire et le redire. Si cela est faux et les accusations sans fondement, il faut aussi le dire, le marteler sans répit. Si leur gestion ne souffre pas de critique, là encore il faut faire luire la vérité.
Pourquoi les experts en communication de la présidence laissent-ils s'installer le malaise depuis tant de mois ?
Même cas de figure depuis que circule la rumeur d'une rencontre entre le juge Jean Serge Joseph et les plus hautes autorités de l'Etat. Rencontre ou pas, houleuse ou cordiale, ne revient-il pas à la machine de communication d'éclaircir les zones d'ombre ? De réfuter, de préciser, de confirmer ou de catégoriquement nier ?
Depuis l'affaire des passeports et les doutes exprimés sur la nationalité du chef de l'Etat et de certains ministres, deux tendances claires sont observées. Ceux qui purgent les conjectures retrouvent vite la paix, les autres se débarrassent difficilement de l'effluve entêtant des soupçons.
Pourquoi les communicants préfèrent-ils les silences troublants aux messages construits ?
Même interrogation sur la tenue des élections. L'avant-projet de loi n'est toujours pas déposé au Parlement. Qui sait exactement pourquoi ? Comment faire les élections sans la nouvelle loi ? Quid de la loi sur les partis politiques ? Quand sera-t-elle définitivement votée ? La présidence peut-elle dessiner le calendrier électoral sans le Conseil électoral ? Si elle s'y risque peut-on savoir pourquoi ? Autant de questions sur lesquelles il faudrait communiquer, communiquer, communiquer.
Rien.
Le pays, cette Haïti si particulière, excelle dans l'art de perdre son temps dans les affaires futiles. A force de jouer à ce passe-temps, les rumeurs prennent corps, les réputations s'installent, la culture du doute sans fin gagne sur tous les tableaux.
Alimenter le vacarme ambiant, se jeter avec fracas dans les incessants débats ne remplaceront jamais une bonne information.
A qui profite le péché de communication ?
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