L'aventure d'Andress Appolon à la tête de l'Électricité d'Haïti (EDH) s'achève. La directrice avait tout : les diplômes, les appuis, la grâce, le sex-appeal, l'audace, la vision, l'entêtement. Pas nécessairement dans cet ordre. Cela n'a pas suffi.
Elle n'avait ni l'expérience, ni l'humilité, ni la sagesse. Là encore, pas nécessairement dans cet ordre. Cela lui a été fatal.
Diriger une compagnie d'électricité abonnée aux coupures de courant dans un pays où personne ne veut payer sa consommation électrique est une gageure. Tout le monde le savait, sauf l'impulsive directrice.
Faire sortir l'EDH d'un business modèle qui en fait la plus juteuse des compagnies déficitaires du pays n'était pas un cadeau non plus. Andress Appolon avait-elle une feuille de route claire ? Connaissait-elle ses limites ?
Des années que l'EDH engraisse des compagnies privées qui ne prennent aucun risque. Des années que l'EDH augmente le nombre de ses mégawatts distribués sans augmenter ses revenus. Des années que de nouveaux rapaces, petits et grands, s'agglutinent autour du lit de mort de l'entreprise pour en tirer un dernier repas.
AA, la première femme à diriger l'EDH, avait envie de mettre de l'ordre dans tout ce capharnaüm, elle vient de perdre pied, emportée par le tourbillon des intérêts divergents qui digèrent les plans de redressement de l'EDH depuis des lustres.
Chaque employé, chaque client, chaque fournisseur, chaque futur fournisseur, chaque dirigeant, chaque autorité, chaque membre de la communauté internationale, chaque acteur du théâtre de l'ombre a un scénario pour faire de l'EDH la plus rentable des vaches à lait. L'institution alimente un cercle vicieux parfait.
Le cycle est intenable. Tout le monde le sait. Chaque année, entre 200 et 300 millions de dollars s'envolent en eau glacée, en heures passées devant les téléviseurs, en pertes techniques et non techniques et autres activités peu productives.
L'EDH produit plus de blac-kout et de clients insatisfaits que toute autre chose. Andress Appolon n'a pas réussi à changer la donne. Elle s'en va avec une seule satisfaction : elle a essayé de faire autrement.
Ses prédécesseurs en disent tous autant.
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