Les conflits interinstitutionnels constatés depuis plusieurs mois dans les rapports entre les différents corps de l'Etat sont de nature à plonger les observateurs dans les réflexions les plus profondes sur la conduite et le mode de fonctionnement de l'Etat. Qu'il s'agisse du refus du président de la République de publier l'arrêté qui doit permettre aux conseillers élus de la Cour des comptes de prêter le serment constitutionnel, de la guerre des lettres entre le chef de l'Etat et le président du Sénat, de l'absence de convocation du Corps législatif en session extraordinaire, de la lettre adressée par erreur au président du Sénat par le Premier ministre, des membres du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire qui désavouent publiquement leur président, on se demande comment les grands corps de l'Etat sont-ils arrivés à ce stade de déliquescence ? La mauvaise gestion du dossier de l'élection des 10 conseillers de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif traduit le caractère irrévérencieux du pouvoir exécutif par rapport à la Chambre haute et l'impréparation de l'entourage du président dans le traitement de ce dossier. Comment un président de la République peut-il écrire au président du Sénat, annonçant qu'il va procéder à un « vetting » sur les 10 conseillers élus par le Sénat, en dehors de la Constitution qui définit ses attributions et celles du Sénat, et ce qui est contraire au décret de 2005 régissant l'organisation et le fonctionnement de ladite Cour ? Au lieu de reconnaître ses erreurs, le chef de l'Etat persiste à écrire au président du Sénat en faisant des considérations sur les proches des sénateurs qui ont été choisis au détriment de fonctionnaires de la Cour des comptes qui n'avaient pas eu droit à une audition. Comment un chef d'Etat peut-il s'appuyer sur des considérations aussi simplistes qui ne relèvent pas de sa compétence, alors que le pays est marqué depuis plusieurs décennies par la mauvaise gouvernance de l'Etat et il n'a, jusqu'à présent, pas pris les mesures nécessaires pour corriger les erreurs du passé et projeter une image positive du pays à l'extérieur ? Le retard répété dans l'organisation des élections en Haïti n'a pas été retenu comme priorité par l'administration Martelly qui, jusqu'à cette date tarde à convoquer le Corps législatif en session extraordinaire pour finaliser la loi électorale. Les conflits stériles entre le Parlement et son administration n'ont-ils pas causé assez de torts au pays ? S'acheminant vers la quatrième année de son mandat en 2014, Michel Martelly peut-il révéler à la presse le nombre de fois qu'il a rencontré les associations du secteur privé aux fins de discuter sur les voies et moyens à mettre en oeuvre en vue de la création d'emplois ? La faiblesse et l'absence de bilan qui caractérisent les différents gouvernements qui se sont succédé pendant ces 20 dernières années n'ont-elles pas servi de leçons au président-chanteur ? Le désir de devenir le chef suprême de l'Etat va permettre à Martelly de réaliser quel rêve ?