La démocratie a montré toute sa force ce mardi au Sénat. Trois ministres interpellés ont grillé sous un feu roulant de questions et de reproches des sénateurs de l’opposition avant d’être sauvés grâce à l’arithmétique parlementaire qui imposait d’avoir 16 votes pour les exclure du gouvernement. Le Sénat, amputé de 10 membres, ne comporte que 20 sénateurs, et le président ne vote pas. Le pari était juste pour constituer la majorité du Grand corps. La minorité a pesé de tout son poids. Pour aucun des trois ministres sur la sellette, celui de la Justice, celui de l’Intérieur et celui des Affaires étrangères, les opposants n’ont pu rallier des sénateurs pro-gouvernementaux à leur cause. Comme pour la lettre d’interpellation, la barre de quinze n’a pu être franchie. La solidarité des pro-Martelly a sauvé le gouvernement Lamothe. Cet exercice démocratique, après plus de huit heures de débats, a permis d’offrir à la nation un long procès où l’accusation a fait la fête aux trois ministres, souvent mis dans leurs petits souliers. Moralement, les ministres sortent diminués de l’exercice. Mais la politique étant la politique, le vote a décidé et les parlementaires de l’opposition ne peuvent que se mordre les doigts. Tandis que les trois gladiateurs, qui les ont mis en déroute, récoltent seuls les lauriers de la victoire. Cette courte et terne victoire ne veut pas dire que tout est rose. Si le président Michel Martelly et le premier ministre Laurent Lamothe n’étaient pas depuis des mois coincés avec une équipe gouvernementale qu’ils sont incapables de modifier, il est certain que le remaniement ministériel annoncé chaque semaine aurait lieu en prolongement de ce derby parlementaire. L’opposition ne sort pas mieux lotie de l’affrontement. Avec l’échec de cette interpellation, ses marges de manœuvre se réduisent et il est à craindre, si l’un des camps ne se décide pas à dresser la table pour le dialogue, que le pays ne soit entraîné vers les positions des acteurs les plus extrémistes. Après la séance de ce mardi, certains vont sans doute surestimer leur force et vouloir capitaliser sur cette victoire légale mais pas légitime, les autres, en désespoir de cause, risquent d’abandonner le chemin long et ardu de la démocratie telle que prescrite par la Constitution. Il y a eu un avant et il y aura un après à cette interpellation et le renvoi raté des trois ministres. Que les jours et les nuits qui viennent portent de sages conseils à tous les protagonistes ! L’arithmétique parlementaire est une bouée de sauvetage, mais les problèmes restent entiers.