Les animateurs et partenaires de la revue Haitian Studies tiennent ces jours-ci entre Port-au-Prince et Pétion-Ville leur 25e rencontre. A cette occasion, une impressionnante brochette de spécialistes échange depuis le 6 novembre en cours leurs opinions, études, recherches, réalisations et productions sur les questions haïtiennes. Les participants, des sommités du monde universitaire, convoquent aussi bien l’histoire que la littérature. Entre les deux, tout ce qui fait d’un Haïtien un Haïtien sera passé en revue. Après des discussions intenses, ce dimanche, avant de mettre fin à la rencontre, ils rendront hommage à Frankétienne, Viviane Gauthier, Arnold Antonin, La Maison Henri Deschamps, Marc Prou, Brooke Wooldridge et présenteront le président de l’association pour 2014, François Pierre-Louis. Ce n’est pas la première fois que le congrès Haitian Studies se tient en Haïti. Il demeure cependant au fil des années une réunion d’initiés pour universitaires, chercheurs, écrivains, cinéastes. Ceux qui écrivent ou lisent dans les gros livres partagent leur découverte et dissertent. Ils se dissèquent, s’analysent. Passent à la loupe nos tares et travers. Nos forces et nos faiblesses sont le sel de leurs travaux. La résilience haïtienne dans toute sa splendeur flotte au-dessus de leurs ateliers et présentations magistrales. A chaque fois que de telles associations dans la diaspora ou ici arrivent à tenir le coup année après année, on se demande pourquoi les autres corps de métiers échouent à faire autant. L'Association médicale haïtienne (AMH) mise à part, rares sont les corporations qui s’offrent un regroupement digne de ce nom, encore moins un congrès, un temps de réflexions et de partage d’expériences. Prenons un secteur précis, celui de la construction. Qui sont les ingénieurs, les patrons d’entreprises de construction, de banques, les acteurs publics qui se sont réunis pour parler, rêver, planifier la reconstruction depuis le 12 janvier 2010? Comment une capitale détruite par un tremblement de terre peut-elle se relever meilleure si la seule course qui vaille c’est celle, indispensable et indépassable, du prochain chantier ? On dirait que le génie commun de ceux qui savent lire en Haïti est de réinventer la roue. Pour se faire voir, se mettre en valeur sur -ce que Coralen a si bien écrit et Carole Demesmin bien chanté -notre « chimen pèdi tan ». Que l’initiative de Haitian Studies inspire d’autres initiatives, c’est tout ce que nous souhaitons à ces assisses qui s’achèvent dimanche au Karibe.