Encore et toujours ! Modérées, les recommandations ou propositions du Conseil supérieur des salaires récemment constitué suscitent dans certains milieux des réactions négatives. Insatisfaction de la part du secteur ouvrier ? Mais pour le secteur patronal- l’Association des industries d’Haïti (ADIH), entre autres, ce qui doit primer avant tout, c’est le caractère compétitif d’Haïti face au monde entier. Il n’y a pas à sortir de là. On est en face d’une question qui a toujours divisé le pays en deux camps : les patrons et les travailleurs, les possédants et les salariés, les défenseurs d’une Haïti «open for business» et les pauvres ouvriers aux revenus insignifiants en comparaison à une inflation galopante. Au fond, les choses ne sont pas aussi simples car les composantes de notre économie renvoient à plusieurs difficultés et défis de nature structurelle. Est-il ici nécessaire d'insister là-dessus ?
Est-il nécessaire de mentionner que la politique salariale de tout pays qui cherche à garantir le maximum d’emplois – avant d’envisager d’en créer d’autres – devrait être flexible et accueillante pour les investisseurs de tout horizon ? Tous les secteurs stimulants pour l’emploi ne présentent pas les mêmes atouts et contraintes. Les secteurs du tourisme, de la construction, de la restauration, l'école, la fonction publique, le commerce, le monde agricole correspondent à des exigences propres. Il est important de le comprendre, si nous voulons vraiment promouvoir l’image d’une économie concurrentielle. La meilleure façon de contribuer à améliorer les conditions de vie et de travail de nos employés à faibles revenus consiste, pour les patrons, à leur offrir des avantages sociaux véritables.
Sur ce plan, les normes sont loin d'être respectées. Le rôle ô combien incontournable des syndicats, c’est d’y contribuer eux-mêmes par leur sens pragmatique et soutenu des revendications. Cette fonction combative prendra toute sa force positive dans le cadre de la loi. En d’autres termes, de part et d’autre, une attention vigilante doit être portée à la situation fragile et incertaine de notre économie, menacée continuellement par une instabilité politique chronique, la corruption, la faiblesse de nos infrastructures de base (électricité, ports, etc.), l’absence d’investissements massifs et la fuite des capitaux.
A la lumière de ces réflexions, la question du salaire minimum, au lieu de constituer une pierre d’achoppement à la croissance de notre économie, doit être, de la part de tous les secteurs vitaux de la vie nationale, l'objet d’un dialogue permanent susceptible de créer les conditions propices aux investissements. A-t-on le choix ? Oui, mais on n'arrivera jamais à faire les bons choix dans un environnement passionnel ou cacophonique, basé sur la méfiance ou la haine de l'autre, la démagogie populiste ou l'obscurantisme patronal.
A cet égard, les politiques, souvent aveuglés par leur popularité, ont un rôle fondamental à jouer pour atteindre nos objectifs de création d’emplois dans un monde de plus en plus «sauvage» en matière de compétitivité et d'opportunités. Les patrons haïtiens - réputés pour la plupart pour leur insensibilité, leur manque d'engagement social et leur cupidité - ont eux aussi beaucoup d'efforts à faire pour faciliter ce climat serein et constructif.
Les attentes des couches démunies sont innombrables. On le sait. Cependant, il revient avant tout aux élites dirigeantes et aux possédants de trouver les meilleures formules consensuelles pour que notre société puisse progresser dans la paix tout en favorisant l'émancipation des plus pauvres par le respect de leurs droits et de leur dignité.
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