Au petit jeu des journalistes qui cherchent le monde parfait, des rédacteurs du Nouvelliste se sont posé des questions à haute voix en vue de savoir qui est l’Haïtien que tout le monde respecte dans ce pays. Devant qui sommes-nous prêts aujourd’hui à nous incliner sans hésitation ni discussion ? Pas parce que nous en avons peur, ni que nous recherchons son attention ou sa mansuétude, mais simplement parce qu’il le mérite et nous inspire le respect. Qui est le Nelson Mandela local ? Qui à sa mort nous rassemblera dans un cortège de douleurs ? Aucun nom n’est monté du fond de notre abîme de réflexion ni n’a surgi comme une évidence. Qui est la sommité intellectuelle dont le mot est accepté de tous ? Qui impose le silence par sa science, son savoir, ses réalisations ? Qui est connu et reconnu pour sa contribution à une société meilleure ? Qui ? Qui ? Qui ? Les journalistes d’expérience et les jeunes pousses se sont tus, la bouche vide de nom. Quelle est la célébration qui nous rassemble ? A quelle date les familles haïtiennes estiment qu’elles doivent se retrouver ? Quel est le culte des aïeux qui cimente jeunes, vieux et trépassés ? Encore des questions sans réponse ou sans réponse évidente, consensuelle, admise sans réserve. Nous le disons sur tous les tons que notre pays, notre nation, notre société va à vau-l’eau. Rien n’est plus vrai quand on cherche des exemples pour prouver le contraire. C’est inquiétant, ne trouvez-vous pas ? Il est urgent que nous nous remettions à construire une identité, une ossature, un imaginaire. Il nous faut en urgence une alternative à la désertification de la faune et de la flore sociétales.