Le dialogue interhaïtien piloté par le cardinal Chibly Langlois, tel que l’opposition radicale ou jusqu’au - boutiste le conçoit, a quelque chose de la diversion . C’est une distraction pour freiner le rythme haletant des manifestations anti-Martelly. C’est un affrontement sans cesse différé qui suppose non la fin effective de l’agitation populaire, mais une bataille incontournable pour le pouvoir. Dans cet ordre d’idées, l’Église catholique joue donc le rôle de pompier, pour rapprocher les parties adverses, calmer les tensions dont les effets socio-économiques sont souvent épouvantables.
Le choc aura-t-il lieu plus tard que prévu ? Est-ce que le premier grand dialogue haïtien nous sortira de la crise préélectorale ?
Cet exercice d’apaisement bipartisan est une opportunité quasi historique. On ne peut pas continuer sur le chemin de l'instabilité permanente. Pour autant, il faut garder la tête froide, ne pas se laisser griser par les politiciens qui ont tôt fait d’annoncer le plein succès pour tous les camps et qui s’en arrogent un peu vite le mérite. Ce triomphalisme oecuménique a le don d’amuser ceux qui se sont autoexclus - le Mopod, Inité et leurs porte-parole les plus virulents.
Cela dit, la médiatrice – la Conférence épiscopale d’Haïti – s’est imposée un protocole strict. C’est une pédagogie : porter les Haïtiens, divisés et impulsifs, à apprendre à se parler, à négocier pacifiquement leurs conflits, à ne pas céder à la passion violente. Tout cela répond au désir d’introduire autant que faire se peut les lois de la rationalité et du parler-vrai, les vertus de la tolérance – celles qui font tant défaut à nos hommes politiques, dirigeants et aspirants dirigeants, dans un univers qui, par nature, est le terrain privilégié des coups bas et de la méfiance, de la manipulation et des ambitions démesurées.
Investi du rôle d’arbitre, le cardinal-pompier ne joue pas gros, comme le croient les fatalistes et les pessimistes invétérés. Tout empreinte de sérénité et d'objectivité, sa vision est celle d'un pays apaisé, réconcilié avec lui-même, capable d'évoluer en dehors des ingérences et solutions étrangères négatives. Il s'est fixé une règle, qui est celle de la défense des intérêts supérieurs de la nation, seule en mesure, à ses yeux, d'éviter le pire avec ses crises à répétition et ses violences dévastatrices. Vissé sur ces quelques principes et habillé par une communication résolument dédramatisée, Son Eminence Chibly Langlois, par vocation et à mots à peine couverts, ne fait pas l’impasse sur une donnée que personne ne contrôle: la psychologie imprévisible, inconstante, turbulente de la classe politique, discréditée après plus de vingt années d'une folle transition.
Cette dernière qui a beaucoup à perdre, cette classe d’incendiaires professionnels, c'est-à-dire d'éternels opposants et de mauvais gagnants et perdants, d'agitateurs et de conspirateurs boulimiques. Le pis serait encore de ne rien faire, de ne pas profiter de cette occasion pour corriger ce qui mérite d’être corrigé sur le plan de la gouvernance et dans le domaine constitutionnel, pour définir les meilleurs accords indispensables à la réalisation d’élections non litigieuses. On appellera cela désormais la règle de Langlois.
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