On attendait Michel Joseph Martelly, chantre des temps nouveaux, au tournant après ses fameuses promesses de campagne labellisées sous le vocable cinq E et sorties tonitruantes sur l’échec de la classe politique ou la rupture avec la continuité made in INITE. Naïfs ou désabusés, les électeurs veulent de belles histoires. La raison maintenant de ces manifs sporadiques, de tous ces regards déçus, de cette grogne progressive qui convergent vers lui ? Ses péchés ?
A l’approche de son mi-mandat, l’ensemble des cinq E [Emploi, État de droit, Énergie (Électricité), Environnement, Éducation] ne ressemble en rien à ce qu’on attendait. Cela aussi est la conséquence d’attentes exagérées. L'opposition «rache manyòk» en a fait sa « base», l'argumentaire de ses critiques et revendications, et le chanteur Don Kato, le thème de sa méringue carnavalesque de l'année 2013. Dans ce laps de temps, le président Martelly, dont la patience n’est pas la principale vertu, est devenu, pour certains, à l’extrémité de cette opposition dispersée, divisée en partisans du respect du mandat constitutionnel et en militants de l'option zéro, le centre du pouvoir à protéger et l’homme à «déchouker». Aucune opposition politique, aussi limitée soit-elle, n’est anodine. Le feu couve, même si les Haïtiens ont toujours compris que dans le domaine de l’emploi ou de l'État de droit comme dans le domaine de l’environnement, les résultats ne viendront pas en quelques mois. Mais ils ne tolèrent pas l’idée que les responsables politiques baissent les bras.
Est-ce à dire que le président qui n’a cessé de déconcerter est en perte de vitesse ? Lui qui est partout, fait tout, veut s’imposer ? Dans la réalité et dans les sondages ? De toutes les façons, il sera jugé sur ses résultats relatifs aux cinq E, au final. A terme, il a sans doute compris, désormais, que la victoire électorale pour son camp, si jamais elle doit aboutir, prendra plus de temps qu’il ne l’imaginait. Même s’il est incapable de s’excuser pour son tempérament de feu, critiqué jusque dans son propre camp, il sait qu’il ne peut se contenter de ses réalisations en matière de politique sociale, dans le domaine des infrastructures (routières, sanitaires...) et sur le plan de la gestion des finances publiques, il faut des actes spectaculaires (la construction des ministères au centre-ville et de deux viaducs ) - excusez du peu!
Ce n’est pas la seule bataille que l'administration Martelly-Lamothe est en train de perdre - la bataille de la communication - malgré tant de propagande. «Mis en accusation» par le Sénat, affaibli, discrédité à plusieurs reprises devant le Parlement et l'opinion populaire, le chef de l’État et le gouvernement de Laurent Salvador Lamothe doivent réfléchir à une réalité explosive, à une autre embuscade terrible : à force de péripéties inextricables pour mettre sur pied le CSPJ et le CT-CEP, de manœuvres puériles et confuses pour freiner le processus électoral, de mauvaise foi et de bras de fer avec le Parlement (le dossier de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif), Haïti, qui a fini par acquérir une sorte de célébrité odieuse, lasse le reste du monde. Le dossier électoral qui ressemble à un black-out montre bien que l’État de droit s’est traduit jusqu’à présent par de grandes menaces et incertitudes. Toutefois, l’organisation d’élections (frauduleuses) est pour le président Martelly la ligne rouge à ne pas franchir.
Le quinquennat de Michel Joseph Martelly – qui n’est pourtant pas avare de bons sentiments quand ça l’arrange – devrait être comme un temps exceptionnel de réformes, surtout constitutionnelles, et institutionnelles, de reconstruction et d’adaptation à l’évolution du monde. En était-on vraiment sûr ? Franchement, il n’y a aucun ‘’happy end’’ possible à cette «lueur d'espoir» incarnée par le cardinal Chibly Langlois, en plus contrecarrée par une opposition de plus en plus affranchie des lourdeurs de son passé cataclysmique, incapable de comprendre que la violence ne fait que nous enfoncer dans les méandres de la pauvreté et de l'insécurité! La voie des urnes, c'est la (seule) voie qu'il faut privilégier!
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