N’ayant pas pu transcender le clivage droite putschiste ou néomacoute/«gauche» (pseudo) kan-pèp grâce à une politique consciencieuse d’ouverture et de consensus, d’équilibre et d’apaisement, le président Martelly est en train de faire face à l'une des phases décisives de son mandat qui n’aura été qu'une suite de conflits et de vaines combinaisons paraconstitutionnelles, si le dialogue interhaïtien rallume les feux de l'agitation populaire, faute d'acords satisfaisants ou fédérateurs. Un quinquennat qui tournera au fiasco : c’est une prévision à ne pas banaliser, reconnaissent même quelques proches du pouvoir. Très bavard, les nerfs à fleur de peau, il sent la bagarre, tout en faisant beaucoup de vagues. A l’opposition, certes plurielle mais imprévisible, méfiante, chicanière, il fournit la matière mobilisatrice. Alors que les problèmes structurels et de société pullulent, les indispensables réformes relatives à l’organisation de l’État et au processus électoral requièrent un large consensus national, un style de pouvoir moderne qui ne déroge en rien à l’idéal républicain. Tout ce que j’ai lu, entendu et observé depuis me conduit à penser que l’équipe au pouvoir a sous-estimé totalement l’importance et le rôle d’une politique d’apaisement et de conciliation dans le cadre de la consolidation de l’État de droit. Calfeutrée par la présence des forces onusiennes, la crise politique à laquelle nous sommes confrontés déborde le cadre de l’organisation des élections. C’est une crise profonde qui prend sa source dans l’inapplicabilité de la Constitution de 1987 (amendée). Cela s’est traduit par un système judiciaire corrompu, un système éducatif en pleine déliquescence, entre autres, et la catastrophe végète comme un long sanglot. Nous avons besoin d’une réforme en profondeur de notre système constitutionnel, inévitablement. C’est une tâche d’envergure. Ce n’est pas une question partisane. Mais que l’actuel pouvoir, contre lequel ne cessent de pester l’opposition et des groupes de la société civile, en particulier les associations de défense des droits de l'homme, ne puisse plus désormais prendre l’initiative pour réfléchir et agir sur ces sujets d’intérêt national ne cesse de nous décevoir et même de nous alarmer. Le premier mandataire, qui aurait dû (pu ?) porter à bras-le-corps le projet de réforme constitutionnelle, a, au contraire, décidé de mener une politique hégémonique face à une opposition qui progresse à grandes foulées. Aujourd’hui, le bilan de Michel Joseph Martelly ainsi que sa capacité à gouverner ou sa chance de partir la tête haute en février 2016 ne font pas l’unanimité. Insidieusement, l’impatience collective, exacerbée par l’adversité politique, une misère atroce et un secteur des affaires écarté et insatisfait, peut se muer en exaspération, en agitation, en complots. Ainsi, la nature économique fragile et l’ordre politique inconstant du pays piègent tout président haïtien. Dans un décor aussi lugubre, il ne faut pas compter sur les catastrophes naturelles comme facteurs de diversion ou d’enrichissement. Au contraire. Que Dieu nous en préserve! Cinq ans au total, certes, mais pour faire quoi ? À la fin de l’année 2014, il restera moins de deux autres années roses pour ce président de continuité plus que de rupture, cet ancien candidat qui avait tant fustigé les leaders et les programmes conservateurs. En Haïti, la deuxième moitié du mandat présidentiel est la plus difficile et la plus périlleuse, parce que l’action est bridée par les défis électoraux, parce que l’obsession de la porte de sortie vous brise les nerfs en voyant disparaître les courtisans et les partisans les plus zélés. Afin d’éviter la fin lamentable de président de continuité, Martelly, qui, au fil des mois, va peser bien peu sur les événements et les institutions, - pas sur l’OEA en tout cas – ce n’est pas d’un processus électoral interminable, discrédité déjà, et d’une opposition surchauffée, capable du pire qu’il a besoin, pour boucler ses cinq ans, mais c’est l’ensemble de nos dispositions constitutionnelles qui devront être questionnées en ce qui a trait à la durée des mandats des élus (5 ans) et à la stabilité institutionnelle, et notamment sur les procédures d'amendement à appliquer. Toutes les questions récurrentes devront être abordées et, parmi les plus importantes, la question du départ de la Minustah.