La mangue est-elle une denrée importante ? Un possible objet d’étude ? À ces deux questions, la réponse est oui. Un de nos rares produits d’exportation, la mangue ne fait pourtant l’objet d’aucune attention particulière. Ni à l’université ni de la part des acteurs de la filière qui en tirent des revenus. C’est par la grâce de Dieu que les caisses de mangues se remplissent et que celles-ci sont appréciées par des consommateurs étrangers. Comme le vétiver, le café, le cacao, les débris en métal, les déchets en plastique ou la sous-traitance, la mangue enrichit quelques opérateurs, alimente les colonnes des exportations haïtiennes sans qu’une politique systématique soit mise en place pour en augmenter la production, diversifier les marchés ou valoriser d’autres débouchés. Le carnaval est-il une chose sérieuse ? Un possible objet d’étude ? À ces deux questions, la réponse est oui. Sous plusieurs champs, le carnaval peut être décortiqué. Pour plusieurs raisons, il le mérite. Cela fera bientôt un siècle que les Haïtiens dansent au carnaval. Ces dernières années ce sont des millions de dollars qui changent de main à chaque fois que la période carnavalesque arrive. Ni à l’université ni dans aucun ministère, on ne pense la chose autrement qu’en réjouissances banales. La culture, les spectacles vivants, la joie de vivre, que le pays pourrait porter comme une étiquette, n’intéressent systématiquement personne. Même pas ceux qui en vivent. La diaspora est-elle la principale ressource humaine et financière d’Haïti ? Un possible objet d’étude ? À ces deux questions, la réponse est oui. Dites-nous où se penche-t-on sur la politique la plus adaptée pour en maximiser les profits que les Haïtiens d’ici et d’ailleurs peuvent en tirer ? Quelle instance se dit que si les Haïtiens partent au Brésil en maîtrisant le portugais, ils seront une main-d’œuvre plus qualifiée ? Quels consuls, ambassadeurs ou ministres haïtiens se sont une fois intéressés à la question de savoir ce qui pourrait améliorer le sort des Haïtiens qui vivent en République dominicaine, aux USA, aux Bahamas ou au Canada sans que ce soit une actualité brûlante qui les pousse à sortir une ou deux déclarations boiteuses ? Qui sont les éclaireurs qui cherchent de nouvelles terres d’accueil pour les milliers de bras que nous n’avons pas la capacité d’embaucher chaque année ? Qui sont les bâtisseurs d’empires, les capitaines d’industries qui rêvent de se servir dans le bassin de chômeurs haïtiens pour accroître leur richesse et du coup mettre un frein au chômage ? Chaque jour, sur les issues de nos problèmes, comme le disait si bien Georges Anglade, qui cherche des solutions ? Quels potentiels ou problématiques d’Haïti sont traités à fond à l’université ou par un cercle d’intérêt, un regroupement d’entrepreneurs, un groupe de parlementaires? Qui se penche et où cherche-t-on autre chose que des solutions rapides et à court terme à chaque parcelle du mal haïtien pour le transformer en développement ou en bonheur ? Qui ?