Après une sorte de césarienne périlleuse, les 10 (nouveaux) conseillers de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA) ont fini par prêter serment le lundi 7 avril devant les juges de la Cour de cassation avant d’être installés en grande pompe dans l’après-midi à leur poste, en présence du président Michel Martelly. Que vont-ils faire pour changer l’image – pas trop brillante – de cette importante institution? On ne le sait pas. Débat de fond, débat qui stimule.
Facile de dénoncer l’inefficacité, les dysfonctionnements, de s’interroger sur cette étonnante complaisance face aux nombreuses allégations de corruption sur les ordonnateurs et comptables des deniers publics et à ceux qui attendent, par voie de conséquence, des arrêts de débet à l’encontre des prévaricateurs et autres aigrefins cravatés. L’essentiel – le plus grave – est de reconnaître hélas! que, comme organe de contrôle administratif et juridictionnel, la CSC/CA, sclérosée et discréditée, n’a jamais aidé, depuis sa création en 1957 jusqu’à aujourd’hui, l’administration publique à atteindre l’efficacité dans la gestion des finances publiques. La question des «décharges» (rapports de vérification de la gestion des grands commis de l'État) demeure à date un véritable casse-tête! Qui pourrait ne pas en être sincèrement horrifié ? Bien sûr, il faut le constater et le regretter ; bien sûr, il faut aussi – enfin ! – faire quelque chose, «il faut que les choses changent !».
En réaction à cet «immoblisme» ont été créées la Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP, 2005), l'Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC, 2004), l'Unité centrale de Renseignemnts Financiers (UCREF, 2004), l'Inspection générale de Finances (IGF, 2006-2008). Mais les choses n'ont pas vraiment bougé. Véritables cancers, la corruption et la gabegie administrative, l'impunité et le laisser-aller continuent à ronger l'administration publique!
De surcroît expérimentés et compétents, les nouveaux conseillers, ces dix apôtres, ont dix longues années sans halte pour y arriver. S’ils sont vraiment décidés à faire de la CSC/CA une institution performante en divorçant avec ce passé «partisan du moindre effort», ils auront à faire face à d’énormes défis et difficultés dans des conditions épouvantables. Outre une vision programmatique moderne, il leur faut aussi une méthode de travail concertée et réfléchie. Lutter contre la corruption, contre le gaspillage des fonds publics, contre les archaïsmes du système de la comptabilité publique haïtien et la mauvaise gestion des institutions, qui serait contre ?
Sur ces questions anciennes doit obligatoirement se greffer une autre série de questions, celles en rapport avec les hommes politiques, avec les responsables des administrations fiscales et dépensières. A l’évidence, il faut bien comprendre que la CSC/CA ne pourra parvenir à remplir effectivement ses attributions que si certaines réformes internes sont initiées et finalisées. Ce n’est pas un vœu pieux mais c’est une nécessité à laquelle l’exécutif, le Parlement et le pouvoir judiciaire devront eux aussi faire face. Bref, son utilité pleine et entière en dépend.
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