À assister sporadiquement à des grèves d’enseignants décrétées par les syndicats y afférents, n'y a-t-il pas lieu de se demander si les responsables du ministère de l’Education nationale, dans leurs politiques publiques, ont vraiment mesuré et compris l’ampleur et la nature de leurs revendications pour y apporter des réponses concretes? En janvier de cette année, des centaines de lycéens avaient gagné les rues de Port-au-Prince – et dans certaines villes de province- pour exprimer leur solidarité aux syndicats d’enseignants. Les protestataires, c’est-à-dire des élèves des lycées Daniel Fignolé, Jean-Jacques Dessalines, Anténor Firmin, Alexandre Pétion, Toussaint Louverture, Marie Jeanne, du Cent Cinquantenaire, entre autres, avaient menacé ou tenté de perturber le fonctionnement des écoles privées. Aujourd’hui encore, malgré les propos rassurants du nouveau ministre, Nesmy Manigat, les syndicats d’enseignants signent et persistent en mettant en relief le véritable problème, en d’autres termes, le nœud gordien du salaire, la question des salaires des différents fonctionnaires du secteur éducatif.
L’ancien ministre Vanneur Pierre, après des rencontres relativement fructueuses avec les concernés, avait conclu, le 24 janvier dernier, un accord portant sur la proposition du statut particulier des personnels éducatifs incluant le plan de carrière, les avantages sociaux et la grille salariale révisée pour le personnel éducatif. Force est de reconnaître que toutes ces questions fondamentales n'ont jamais été insérées dans le fameux Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire (PSUGO) tant louangé dans les médias par les plus hautes autorités ! Pour passer de la parole ronflante aux actions réformatrices, il y a encore un abîme ! La réalité est là, on ne peut plus décevante. Pour mettre en application les grandes lignes de cet accord, l’actuel ministre, prisonnier d'un faisceau de défis énormes, n’attend que le vote du budget rectificatif 2013-2014 par le Parlement. Mais arrivera-t-il à marquer son passage à la tête de ce ministère opaque et déroutant?
Réclamant de meilleures conditions de travail, incluant évidemment - en tout premier lieu – l’augmentation de leurs salaires, les enseignants, de plus en plus motivés, se battent à juste titre pour des raisons louables. Leurs revendications sont justifiées en tous points. Il n’y a pas que la brûlante question des arriérés de salaire (plus de 13 000 professeurs) et la nomination des enseignants à prouver que ce système dysfonctionnel ( avec ses curricula désuets ) mérite d’être réformé en profondeur ! L’injustice est criante. La valorisation du métier d’enseignant passe obligatoirement par le relèvement de la grille salariale.
Dans la grille des salaires des fonctionnaires de l’Administration publique – pour illustrer notre propos -, les enseignants se retrouvent dans la catégorie des personnels de soutien (garçon, ménagère, chauffeur). En fin de compte, l’État doit définir de façon avantageuse le statut des enseignants, leur payer une rémunération correspondant à leur rang, en investissant dans leur formation afin de procéder à des recrutements sur des bases académiques rigoureuses. C’est là la seule façon de prouver, au fil des ans, que l’éducation est vraiment une priorité nationale, par-delà les gouvernements et les clivages politiques ou idéologiques.
La gravité des problèmes éducatifs haïtiens, l’aggravation vertigineuse des carences de notre système éducatif ( inadapté aux nécessités de la vie moderne ), le laisser-aller collectif qui accompagne la routine des autorités régulatrices contrastent pompeusement avec la propagande officielle, les colloques et autres symposiums dont la problématique de la réforme éducative est l’objet continuellement. Rien ne dit, hélas! que nous arriverons, dans les prochaines années, à freiner cette descente aux enfers que constitue l’école haïtienne (à plusieurs vitesses), notamment au niveau public. Les constats sont accablants et les solutions, déjà amplement identifiées depuis des années, par les experts et les praticiens, tardent à prendre forme dans la mise en œuvre des politiques publiques.
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