En obtenant le départ d'Emmanuel Ménard au sein de l’institution électorale pour être remplacé par l’homme de loi Fritzto Canton, le président de la République, croyait plus d'un, avait réalisé un coup de maître. Cependant, la publication de l’arrêté présidentiel nommant le Conseil électoral provisoire de neuf membres, sans l’adhésion du Sénat et du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), a vite changé le cours de cette crise préélectorale. Martelly s’est-il laissé prendre au piège de la communauté internationale en prenant cet arrêté avec empressement ? Veut-il prouver sa volonté de créer les conditions favorables à l’organisation des prochaines compétitions électorales en dépit des obstacles dressés sur cette épineuse voie ? Selon toute vraisemblance, le président du CSPJ, Anel Alexis Joseph, n’est pas à son coup d’essai. Lors de la formation du Conseil électoral permanent d’exception, il avait acheminé les noms des trois représentants de l’institution sans l’adhésion des autres membres. Cette semaine, il a utilisé la même procédure en écrivant au président de la République pour confirmer les noms des trois conseillers électoraux sans l'aval des autres membres du conseil. Dans cette optique, le CSPJ n’a pas encore délibéré sur ses trois représentants à l’ancien conseil. Juridiquement, l’arrêté nommant ces membres est frappé de nullité. Alors que si le président Martelly sollicitait par lettre le maintien ou non des trois représentants du CSPJ, l’étau allait se resserrer autour du Sénat et, particulièrement sur le groupe des six sénateurs hostiles au pouvoir. Déjà dans l’opinion publique, les échanges de correspondance entre le président du Sénat, Dieuseul Simon Desras et le président de la République, Michel Joseph Martelly, les 27 et 29 avril dernier sur l’opportunité de respecter l’esprit de l’article 289 de la Constitution de 1987 amendée pour la formation du Conseil électoral provisoire en remplacement du Collège transitoire du Conseil électoral permanent (CTCEP), n’étaient pas bien vus par différents secteurs en dépit des faiblesses de l’Accord d’El Rancho. Cette proposition du groupe des six sénateurs hostiles à l’administration Martelly-Lamothe donnait l’impression que ces pères conscrits voulaient faire passer le temps afin qu’il n’y ait pas d’élections à la fin de cette année. Avec cet arrêté inapproprié du chef de l’Etat, comment peut-on trouver un consensus sur ce dossier ? Du côté du CSPJ, une simple formalité peut permettre aux membres du conseil d’accepter de délibérer sur le dossier, malgré les réactions de Me Dilia Lemaire ainsi que celles de Max Elibert. Pourquoi Martelly n’a-t-il pas appris les leçons du passé ? En dépit des pressions exercées sur les autorités haïtiennes pour parvenir à l’organisation des élections à la fin de cette année, la communauté internationale serait très embarrassée de cautionner des élections contestées comme celles du 21 mai 2000. En clair, le pouvoir doit trouver les voies et moyens pour que les scrutins de cette année soient au-dessus de tout soupçon. Michel Martelly devient le troisième président élu qui n’a pu organiser les élections conformément aux échéances prévues par la Constitution. Après Jean-Bertrand Aristide et René Préval, le chef de l’Etat haïtien est en train de subir les pressions des institutions internationales, de Washington et des autres pays donateurs. Combien de temps faudrait-il à Haïti pour avoir un président élu capable de respecter les échéances électorales sans recevoir aucun diktat de la communauté internationale. Sera-t-il pour nous le premier acte de notre souveraineté recouvrée ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com