L’interview sur Radio Magik 9 traînait vers les prolongations comme pour le match Argentine-Hollande. Des questions sur les juges au mandat non renouvelé, sur la nouvelle grève de l’association des juges nous baladaient dans les points chauds de l’actualité de la justice quand un auditeur achemina une question par sms au présentateur.
Sans attendre, le speaker la répercute à Me Carlos Hercule, bâtonnier de l’ordre des avocats, son invité :
« Pourquoi le bâtonnat refuse-t-il dorénavant d’accepter les avocats stagiaires munis d’un certificat attestant qu’ils ont terminé leurs études de droit ? Dans le passé, cela était la norme en attendant que la licence leur soit remise par le rectorat de l’Université d’Etat d’Haïti », explique l’auditeur.
Le bâtonnier rappelle qu’il existe un modus operandi pour les stages que doivent réaliser les futurs avocats. C’est la loi. Il profite de la question pour émettre les doutes de l’institution qu’il représente sur la validité de certains certificats.
En un mot, certains stagiaires, dans le passé, n’avaient pas complété leurs études de droit, mais devenaient avocats après leur stage.
Le système judiciaire a une liste de problèmes longue comme une demi-finale Argentine-Hollande, mais on ne savait pas, de source sûre, qu’à la base, le problème était aussi grave.
On connaissait l’existence des facultés de droit de province ou de la capitale qui acceptent des étudiants qu’elles ne voient jamais, mais que ces étudiants et d’autres se faufilent entre les mailles du filet pour devenir avocat sans en avoir la formation, le bâtonnier jette un gros pavé dans la mare en faisant cette révélation.
Pour fermer la vanne, le bâtonnat requiert des futurs avocats qu’ils présentent la licence sanctionnant leurs études universitaires complétées en bonne et due forme.
Cette affaire de vrais-faux avocats doit interpeller toute la société haïtienne. Il n’y a pas longtemps, un recteur d’université, Jacky Lumarque, dénonçait les lacunes d’étudiants qui arrivent à la fac sans maîtriser les rudiments appris au secondaire, voilà que des professionnels dont personne ne peut retracer le parcours entrent dans la vie active.
De jour en jour, perdus dans nos petites querelles politiques, nous assassinons les fondements de la société que nous proclamons vouloir ériger. Chacun, sans s’en rendre compte, met son coup de pioche dans la recherche de l’abîme. Catastrophe suprême, nous le faisons en pensant construire.
Le cas de la justice n’est que l’arbre qui cache la forêt.
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