Le Premier ministre Laurent Lamothe, accompagné de plusieurs officiels du gouvernement, s’est rendu jeudi en territoire dominicain dans le cadre de la 3e réunion du dialogue binational entre les deux pays se partageant l’île Hispaniola. Selon le service de communication du bureau du Premier ministre, cette 3e réunion portait essentiellement sur les relations commerciales entre les deux pays. Toutefois, les questions relatives à la migration et à la sécurité ne sauraient être passées sous silence dans le cadre de ce dialogue. L’observateur qui suit de près l’évolution des relations entre les deux pays peut se demander perplexe : comment la délégation haïtienne va-t-elle discuter de relations commerciales avec son voisin ?
Compte tenu de la situation moribonde dans laquelle se trouve l’économie haïtienne, en quoi ce protocole d’accord peut être profitable à notre pays ? L’article 2 de ce protocole dit que chacun des deux pays convient de faciliter sur son territoire l’importation des biens et services sans mesures discriminatoires. Quel commerçant dominicain va faciliter sur son territoire un bien produit en Haïti qui est également produit en République dominicaine ? Le niveau d’éducation du commerçant et du citoyen dominicains contribue à protéger la production dominicaine avant l’intervention de l’Etat. Les entreprises haïtiennes font face à trois obstacles : 1) l’absence du protectionnisme de l’Etat ; 2) le manque d’appréciation du consommateur haïtien vis-à-vis du bien produit localement et 3) l’indifférence de l’importateur haïtien par rapport aux biens produits localement. Le protocole d’accord signé par les deux délégations ne peut que renforcer l’économie dominicaine.
Selon toute vraisemblance, la priorité du gouvernement haïtien est d’éviter la contrebande au niveau des différents postes frontaliers. Prendre les dispositions nécessaires pour combattre l’évasion de 300 millions de dollars de contrebande par an est l’objectif visé par le gouvernement à travers ce protocole d’accord. Il n’y a aucune volonté des autorités haïtiennes d’encourager la relance de la production nationale. Pas de plan, pas de programme et pas de politique économique. Les entreprises dominicaines produisent pour Haïti et le gouvernement haïtien se contentera de percevoir des taxes.
Cette 3e réunion binationale, qui s’est déroulée à Juan-Dolio en République dominicaine, devait se tenir en mars dernier dans l’une des villes frontalières d’Haïti. La rencontre n’a pas pu avoir lieu à Belladère en raison de l’absence d’infrastructures dans cette ville. La partie haïtienne avait proposé au mois d’avril une autre ville frontalière haïtienne. Après investigation, les autorités haïtiennes ont constaté qu’aucune ville frontalière haïtienne ne peut accueillir une rencontre binationale. En raison de ces hésitations de la partie haïtienne, les Dominicains ont proposé que la réunion se tienne sur leur territoire. Les autorités haïtiennes ont accepté et la date de 10 juillet a été retenue.
Malgré cette absence d’infrastructures dans toutes nos villes frontalières, le Premier ministre Laurent Lamothe n’a jusqu’à présent pris aucune décision. Aucune étude n’a été commanditée pour évaluer la situation de ces villes. Depuis plusieurs mois, nous avons proposé dans un éditorial la nomination d’un ministre sans portefeuille chargé du développement des villes frontalières en mémoire du grand président Dumarsais Estimé, le Premier ministre ne s’intéresse qu’à Ti manman Cherie, EDE Pèp. Avant la fin du mandat de cette équipe, ces vaillantes populations des villes frontalières ne demanderont-elles pas des comptes ?
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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