Dans une couveuse pour nouveau-nés prématurés, si tous les enfants meurent, c'est le signe d'un grave problème. En Haïti, ce sont les projets financés par l'aide internationale qui meurent sitôt sortis de leur couveuse. Dès qu’on coupe le cordon des subventions, il n'y a pas d’espérance de vie pour la majorité d'entre eux. Les chances de voir se poursuivre un projet dont le budget international est épuisé est aussi mince que celles d’un poisson de rester vivant dans de l’eau bouillante. Prenons deux projets emblématiques. Les plus anciens projets qui soient. Si anciens que tout le monde les croyait éternels si bien qu’à l'école, les enfants étudiaient leurs sigles. C'étaient des questions d'examen de connaissances générales au très officiel Certificat de fin d'études primaires. Les projets en question avait donné naissance au S.E.P.R.R.N. et au S.N.E.M. et il ne fallait oublier aucun des points. Le premier s'attachait à faire de l'entretien routier, le second à éradiquer la malaria. Dans les deux cas, tout un maillage, sur tout le pays, donnait forme à ces deux ambitions majeures et nécessaires. Que reste-t-il du Service permanent d'entretien du réseau routier national (S.E.P.R.R.N.) ou du Service national d’éradication de la malaria (S.N.E.M.)? Un vague souvenir. Les infrastructures se sont évaporées. Les missions se sont diluées. Les besoins sont restés. Les Blancs paient ou nous empruntent des fonds, nous disons merci, prenons une formation et nous n'en faisons rien de plus. Deux autres exemples qui sont d'actualité. L’aide offerte au ministère de la Justice et de la Sécurité publique et celle offerte au ministère de l’Agriculture. Elles n'ont pas eu les effets escomptés ces vingt dernières années. Deux petits portraits vite faits. Il suffit de voir les photos des derniers évadés de la prison de Croix-des-Bouquets pour comprendre que ce n’est pas le fruit du projet d’identification des détenus financé par le PNUD. Les ordinateurs, caméras et logiciels dorment dans leurs emballages. Il a fallut quinze jours pour commencer à savoir qui s’est échappé. L’autre exemple, prions Dieu qu’il ne soit pas d’actualité cette saison cyclonique, vient du projet de doter le Service national de météorologie de moyens pour répondre efficacement à sa mission. On ne compte plus les articles du Nouvelliste qui expliquent que tous les équipements sont restés intacts dans leurs boîtes pendant des années. Les instruments de mesures métrologiques tardent à couvrir le territoire. Quand ce n’est pas pour une question de logiciel, c’est une affaire de local adéquat. Haïti demande, mais ne peut pas répondre aux prérequis, oublie de mettre sa contrepartie disponible. On pourrait citer sans fin des projets qui sont mort-nés et d’autres qui ont disparu au départ du dernier coopérant. Les autorités haïtiennes sont intéressées aux annonces d’aide. Les fonctionnaires aux frais, voitures et autres petits avantages dérisoires à puiser dans les budgets. Quand un projet s’achève, ils attendent le suivant. La mission, les buts et objectifs non accomplis servent de prétexte au projet suivant. Dans un éternel recommencement qui signe notre incapacité à avancer, nous réécrivons les mêmes projets depuis cinquante ans après avoir tué un projet semblable. La société civile est pareil que l’Etat. Si le souci est de mieux gérer les rapports avec les donateurs, il n’est pas toujours facile de mener à bien les projets. Plus que les gouvernements, les ONG locales et internationales établies en Haïti savent étirer, multiplier, faire croître les projets. Au final, les résultats sont similaires. Beaucoup de projets, peu de résultats. Le remède ne guérit pas le malade Haïti. On lui découvre de nouvelles pathologies sans cesse. Nos bailleurs étrangers, dans le respect de notre souveraineté et de nos incapacités, recommencent à la prochaine demande empressée d’aider Haïti en changeant les sigles et les directeurs de projets. Dans un ballet infini d’experts, d’inaugurations, de colloques, de discours et de commentaires peu flatteurs distillés en privé, l’aide n’aide pas. Et ce n’est de la faute de personne.