Le woy woy est l'expression créole pour désigner le mode le plus simple des travaux temporaires dits à haute intensité de main-d'oeuvre (HIMO) inventé par les institutions internationales et dévoyé par l'usage que nous en faisons chez nous.
Dans les programmes d'urgence, les HIMO permettent d'injecter rapidement de l'argent dans un pays, une région ou un quartier en ciblant des groupes précis. Un HIMO peut avoir un but précis en plus de permettre d'injecter de l'argent: reboisement, assainissement, construction de murs secs, entretien de routes, etc.
En Haïti, depuis les années Duvalier, les programmes HIMO permettent surtout de dépenser légalement des masses d'argent en période de rentrée des classes, de Noël et du nouvel an, après une catastrophe naturelle ou pour calmer la tension des rues (imaginaire ou réelle).
Les HIMO sont des woy woy quand ils sont essentiellement politiques et visent à récompenser des amis du pouvoir et/ou à gaver d'autres d'argent frais. Députés, sénateurs, maires, les puissants du moment bénéficient alors d'un quota d'équipes qu'ils sont chargés de mettre au travail.
Ils recueillent leur numéro d'immatriculation fiscale, touchent en leur nom et les paient. Des fois, le paiement se fait individuellement, mais vu le nombre élevé de participants, des mandataires font office de représentants. Et le woy woy devient alors intéressant. Un vrai woy woy a une grande part d’ombres.
Dans ces cas précis, les équipes de travail de dix, douze ou vingt personnes n'existent pas vraiment, les buts et objectifs du programme sont flous, les contrôles légers.
Dans le cas des quarante-six mille emplois temporaires de la rentrée des classes 2014, quels sont les effets recherchés ? Faire de vrais HIMO à travers le pays ou des woy woy, comme les administrations précédentes?
Dans les rues, sur toute l'étendue du territoire, vous allez bien vite vous rendre compte des objectifs. 46 000 personnes au travail pour le ministère de l’Agriculture et le SMCRS, cela fait beaucoup de pieds et de bras. Toute l'administration publique n'a pas 70 000 fonctionnaires, les 46 000 seront très visibles, qu'il s'agisse de woy woy ou d'HIMO.
Mais on peut aussi faire un autre calcul. 100 000 000, oui cent millions, de gourdes pour les vingt-cinq mille emplois du SMCRS par exemple, cela fait 20 jours de travail par personne, à raison de 200 gourdes par jour. C’est peu. Seulement vingt jours de travail pour vingt cinq mille personnes.
Si on fait le calcul en sachant que les chefs d'équipe toucheront un peu plus que les simples ouvriers, qu'il faut beaucoup de contrôleurs et des superviseurs des contrôleurs, qu'il y aura invariablement des frais de gestion du programme à soustraire, que sans doute le SMCRS et le ministère de l’Agriculture profiteront de cette manne pour réparer des équipements en panne ou évacuer de petites dettes criardes, soit on n'aura pas 20 jours de travail pour 25 000 hommes et femmes soit on n'aura pas 25 000 personnes au travail pendant 20 jours. C'est arithmétique.
Si tout se passe bien, vous allez voir bientôt, pendant quelques jours des hommes et des femmes balayer les mêmes mètres linéaires de trottoirs dans une chorégraphie immuable sur l'air de "je perds mon temps, sans faire exprès". Un directeur a dit un jour des woy woy qu’il serait plus équitable de jeter l’argent de ces programmes à la population cible directement depuis un hélicoptère…
Et pourtant, à chaque saison de woy woy, le gouvernement en place en est tout heureux. Ceux qui perçoivent un salaire aussi sont contents. Dans les rapports de fin d'année, on se glorifie des emplois créés, même si personne ne se souvient de ce qui a été concrètement fait pour les millions dépensés.
Le calcul woy woy n'a pas à faire des considérations d'utilité autres que politiques. Voilà une survivance des temps anciens qu'on se devrait de moderniser.
Mais le woy woy est si simple, si efficace qu'il y a toujours dans les ministères un programme prêt. Immanquablement, les ministres tombent dans le panneau, sont amoureux du woy woy. La puissance des statistiques astronomiques d'emplois exprimée en homme/jour, mais qu’on résume en emplois tout simplement (en confondant le précaire et le permanent), fait le reste.
Les woy woy sont des emplois temporaires. Très temporaires. Si temporaires qu'on oublie souvent de les créer vraiment.
Toute la beauté du woy woy est là. Plus de trente ans que cela dure.
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