Une semaine après la rentrée des classes, l’effectif des écoliers cheminant sur nos routes grossit. Dans les rues de la région métropolitaine, le trafic automobile forcit, les embouteillages reviennent. Ce n’est pas encore du 100 sur 100, mais une progression satisfaisante. Les inquiétudes autour de l’ouverture des classes en septembre s’estompent. Il n’est donc jamais trop tôt pour aller à l’école.
En Haïti, la rentrée des classes c’est comme remplir une calebasse : le filet d’eau passe mieux par le petit orifice que les flots d’une rivière. D’ici trois semaines, l’école prendra sa vitesse de croisière. Si on avait attendu octobre pour faire revenir les enfants en classes, ce seuil serait atteint en novembre. Un mois de gagné donc.
La première semaine, le président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle ont fait le show. Dans plusieurs écoles publiques, ils ont embrassé des élèves, distribué des fournitures classiques et vanté les réalisations du tandem Martelly-Lamothe.
Que nous réservent-ils pour la deuxième semaine ?
Ministre, Premier ministre et président ne se sont pas encore rendus dans une école privée. Le secteur non-public c’est plus de 70% des écoles en Haïti. Ils n’ont pas rencontré les professeurs, n’ont pas mis la pointe de leurs pieds dans un établissement de formation des maîtres ni parlé à un directeur d’école pour s’enquérir de ses difficultés.
Président, Premier ministre et ministre n’ont pas dit un mot sur la formation professionnelle, sur ces milliers d’écoles borlette qui débitent de la mauvaise éducation et une formation au rabais. Ils ne se sont pas non plus rapprochés de l’université. Privée ou publique, ils se sont gardés d’aller voir, de toucher de leur doigt et, qui sait, de penser même à l’après-secondaire.
Avec la même indifférence que leurs prédécesseurs, aucun des responsables publics actuels n’a dit un mot sur le préscolaire. Sur cet avant l’école qui détermine une bonne partie de la suite pour de nombreux enfants. Autant ceux qui fréquentent le préscolaire que ceux dont les parents n’en n’ont jamais entendu parler.
Cette année 2014, si tout change avec la rentrée des classes en septembre -cela ne veut pas dire que l’école aura plus d’heures de cours à offrir aux enfants, l’année est trop jeune pour faire des pronostics sur les perturbations- une chose est certaine : les politiques continuent de croire que l’éducation et la formation se mesurent à coups de millions de gourdes dépensées en mesures d’accompagnement.
Il est temps que l’on aille au fond des choses dans le secteur de l’éducation. En douceur et avec constance. Une calebasse se remplit plus vite sous un mince filet d’eau que jetée dans une rivière d’abondance.
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