Le président Michel Martelly donne de la voix. Depuis lundi. Il est très présent dans la presse. Il est au-devant de la scène. Tantôt il est en aparté prolongé, tantôt il consulte, rencontre. Chaque jour, depuis lundi, il prend le temps de faire le point.
Mardi, après deux journées de consultations pendant lesquelles ses interlocuteurs ont prêché la prolongation des mandats des élus, une solution gagnant-gagnant ou une sortie de crise qui implique un rapprochement avec ses principaux contradicteurs, le fameux groupe des 6 sénateurs irréductibles, le président est monté d’un ton. Il a laissé percer sa déception après avoir attendu, en vain, les 6 sénateurs.
Ce mercredi, sans jamais dire une fois qu’il va gouverner par décret à partir du 2e lundi de janvier 2015, il a, pour la première fois, évoqué cette possibilité. Il s’est dit, aux micros des journalistes, prêt à le faire parce qu’un président doit faire face à toutes les éventualités.
Certains observateurs interprètent cette analyse du président comme un tournant dans la crise préélectorale. Une fenêtre se ferme, selon eux. Pour d’autres, c’est un ballon d’essai qu’a lâché le président, une bouteille à la mer avec un message.
Ce mercredi, depuis New York, le président a bien expliqué qu’il souhaite un accord, le vote des amendements de la loi électorale, une rencontre, là où ils le veulent, avec le groupe des 6, pour aboutir à la réalisation des élections.
Dans le même temps, il agite l’option paraconstitutionnelle. Le gouvernement de facto. Le vide parlementaire.
Si cela se produit, il sera difficile de dire qui est le vrai responsable ou à qui profitera le déséquilibre institutionnel. Depuis 1987, aucun des gouvernements bénéficiaires du vide constitutionnel n’a pu imposer ses vues en dehors du cadre légal en dépit des circonstances atténuantes dont ils pouvaient se targuer d’avoir. Depuis 1987 aussi, que de fois le pays s’est trouvé pris par les tourmentes politiques et s’est écarté de la voie légale ?
Avec les perspectives politiques de l’après-janvier 2015 qui se dessinent plus tôt qu’on ne pouvait l’imaginer, que reste-t-il au groupe des 6 comme option ?
Un parlementaire doit affronter en chambre, en séance, ses adversaires politiques. Un élu combat pied à pied les idées des autres et cherche avant tout à imposer les siennes. Au final, c’est l’assemblée qui décide en régime démocratique. En Haïti, depuis des mois, le débat parlementaire s’est tu. Les 6 sénateurs sont les rois des médias et évitent la sanction du vote.
La tactique des 6 empêche la tenue des élections. Avant eux, les retards mis par Martelly pour les désirer étaient la cause de la non tenue des élections. Plus de trois ans que cela dure.
C’est sur la vague mourante de cette 49e législature s’éteignant que le président Martelly va essayer de surfer. La mauvaise réputation des élus qui bouffent l’argent public sans tenir séance fait le lit de l’offensive qui se prépare.
La mer est tourmentée. Tous les bateaux sont en danger.
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