Un 30 septembre comme ce mardi, il y a 23 ans, le pays était dans une attente inquiète. Le président fraîchement élu partait en exil, des militaires sortis de leurs casernes se demandaient que faire, la communauté internationale cherchait une solution au dilemme haïtien : la démocratisation du pays le plus pauvre des Amériques.
Ce 30 septembre 2014, le pays paraît moins inquiet, mais est tout autant dans l’attente. Le président élu se cherche une voie pour réaliser les élections, l’opposition se demande que faire, la communauté internationale est devant le même dilemme : la démocratisation du pays le plus pauvre des Amériques.
En 23 ans, nous ne sommes devenus ni plus riches ni plus démocrates.
Au cours d’une réunion tenue ce mardi au Palais national, le président Michel Martelly n’a pu réunir que 7 des 20 sénateurs en fonction en dépit de tout l’attirail mis en place pour faire des consultations entamées ces derniers temps une réussite. Lavalas bat encore le béton mais le boulevard du 15 octobre, construit en l'honneur du premier et si triomphal retour de Jean-Bertrand Aristide au pays et au pouvoir en 1994, est en ruine. La communauté internationale n’a aucune prise sur les acteurs pour les porter à marcher vite dans le sens des intérêts de ce pays ou de toute autre force, d’ailleurs.
Ce mardi, la ministre de l’Economie et des Finances, Marie Carmelle Jean Marie, a dévoilé que le budget national de l’exercice 2014-2015 sera mis en service sans la sanction du Parlement comme le permet un décret ayant force de loi datant de 2005. Ce n’est pas totalement démocratique ni tout à fait illégal. On retiendra cependant que même la branche du Parlement où le pouvoir dispose d’une confortable majorité, la Chambre des députés, n’a pas approuvé tel quel le budget déposé par son gouvernement.
Tôt dans la matinée de ce mardi, le porte-parole du Premier ministre Laurent Lamothe a admis que la majorité proche du pouvoir composée de 57 députés sur 99 « n’est pas docile ». Michel Brunache a tout dit en avouant cela.
Si la tendance actuelle se maintient, avec les propositions de sortie de crise qui se multiplient, tout indique, encore une fois, que nous nous apprêtons à sortir du processus démocratique, de la voie ardue tracée par la Constitution. Qu’encore une fois, les uns et les autres sont tentés de faire « une correction démocratique » comme en 1991.
Ce 30 septembre, comme il y a 23 ans, les acteurs, tous les acteurs, devraient fournir beaucoup d’efforts pour ne pas glisser du mauvais côté de l’histoire.
Désirons-nous être plus pauvres et moins démocrates dans les années à venir ? La question est pertinente ce 30 septembre, une fois de plus.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.