Qui l’eût cru? Qui l’eût dit ? Voici le président Martelly à un carrefour décisif mais surtout périlleux : le «blocage» du processus électoral depuis belle lurette par six sénateurs va déboucher le 2e lundi du mois de janvier 2015 sur une situation d’exception où tout est possible. L’incertitude peut être alors une source d’instabilité explosive. Ponctuée par des atermoiements et des chocs insipides, l’expérience des négociations avec l’opposition (plurielle) n’a pas été jusqu’ici positive, satisfaisante pour le président. Il en a gardé un souvenir grimaçant. « Chat échaudé », il parle de «consultations», pour évoquer les rencontres qu’il multiplie depuis trois semaines avec divers secteurs et personnalités de la vie nationale. Rencontres qui ont été rapidement médiatisées et amplifiées par une inflation de propositions de sortie de crise (conjoncturelle et structurelle) les unes plus «délirantes», plus «surréalistes» que les autres, pour utiliser le vocabulaire du volubile ministre Rudy Hérivaux! Divisé sur certains points, le groupe des six partis politiques, représentant avec le MOPOD l’opposition radicale, réclame à tue-tête des négociations. Mais sur quel plan ? Pour arriver à quoi ? Les positions et propositions conciliantes de certains partis de l’opposition dite modérée – comme l’OPL, par exemple, attaché à l’Accord d'El Rancho – contrastent largement avec celles du MOPOD qui prône une solution de sortie de crise radicale basée sur la démission du président et la mise en place d’un gouvernement de transition pour organiser des élections générales. On comprend bien, à la «lecture» de ces deux oppositions, l’ampleur et la nature « contentieuses » des difficultés en tous genres auxquelles le président fait face, surtout lorsqu’on tient compte, d’une part, de la personnalisation de cette crise préélectorale et, d’autre part, de la faiblesse de nos institutions (absence du Conseil électoral permanent, discrédit des partis politiques). Tout cela, rappelons-le à dessein, sur fond de «protectorat» onusien ! Connue pour ses outrances, l’opposition anti-Tèt Kale n’a rien à perdre à certains égards. Le temps ne lui fait pas peur. Son principal instrument de combat c'est son double langage. L’équipe au pouvoir, tiraillée entre la voie exigeante du consensus et les facilités alléchantes de l’après- 12 janvier 2015, n’a plus beaucoup de temps pour trancher, pas seulement pour sauvegarder ses propres intérêts (et à quel prix !), mais avant tout (ce n’est pas impossible) pour déboucher sur l’organisation d’élections inclusives et crédibles. Qui a tout à perdre? L'administration Martelly-Lamothe ou le pays? C’est l’enjeu majeur. Comment y arriver ? Si le processus électoral ressemble à un labyrinthe, il faut reconnaître que la voie négociatoire a toutes les caractéristiques d’un piège puisqu’elle implique nécessairement d’énormes sacrifices ou concessions de part et d’autre.